C’est Rue89 qui lance la nouvelle, mais les mots d’Étienne feront office d’introduction :
Owni, ce média né dans la résistance contre Hadopi est sur le point de fermer. Cela ne m’étonne pas beaucoup, mais c’est avec une certaine tristesse que je revois le parcours de cette étoile filante qui s’est cramée les ailes plus vite que prévue. Dommage.
J’ai fait un bout de voyage chez Owni. C’était en 2011, pendant six mois. Pas même diplômé, encore moins encarté, je découvrais les joies de la petite rédaction de la rue de Malte, sa moquette fatiguée, (par) les apéros à répétition, ses moments de peine, de joie… Le tout dans des bureaux largement sous-dimensionnés, mais entouré de talentueux collègues, et des chats. Beaucoup de chats.
Owni fut pour moi l’école de journalisme que je n’ai pas faite. Jusque là « simple blogueur », j’y ai fait mes armes et ai quasi tout appris des petits trucs de journalistes. Pendant cette période fascinante, intense, j’ai même eu la liberté d’affuter ma plume sur les sujets qui me portaient à coeur : l’économie, le revenu de base, la dette, la monnaie, les monnaies… Pour tout cela, je ne serai jamais assez reconnaissant envers ceux qui m’ont permis de rejoindre l’équipe, m’offrant cette chance rare d’apprendre autant à leur coté.
La recette sans l’oseille
On ne pourra pas reprocher à Owni de ne pas avoir essayé. On peut même la féliciter d’avoir réussi a créer une intéressante collaboration entre journalistes développeurs, graphistes. La sauce prend, mais l’oseille manque dans la recette.
En fait, le modèle initial de 22 Mars, agence web et de création d’application n’aura jamais été suffisamment rentable pour éponger une masse salariale globale structurellement trop importante face à de (potentiels) revenus récurrents de la structure. Impossible d’équilibrer durablement l’ardoise dans ces circonstances, ce qui est d’autant plus rageant alors que des millions tombent juste à coté.
Du coup, tel un hamster dans sa roue, il a fallu courir après les sousous, attraper le prochain barreau à temps pour empêcher le navire partir à la dérive. De levées de fonds en levées de fonds, le journal y a perdu des plumes… Ses plumes… Et n’a jamais réussi à s’envoler de nouveau.

Jean-Marc Manach, journaliste de Owni.fr
Les plans sur la comète
Assis sur un siège de stagiaire éjectable, je m’envole vers d’autres horizons à l’été 2011, au moment où la soucoupe traverse le brouillard. À la faveur d’investisseurs prêt à (re)mettre le couvert, la soucoupe se relève. Mais, même à quelques années lumières de là, le crash semblait fatal.
En fait, l’Owni a subrepticement dévié de sa trajectoire initiale. Propulsée dans une lutte contre la furie de l’hadopisme et en faveur de nouveaux utopismes, la soucoupe part finalement s’envoler vers d’autres cieux. Le plan de vol dont certains rêvaient, celui d’un véritable média citoyen et décentralisé, laisse sa place aux rêves de Californie, qui hantent le bureau voisin de la rédaction.
Comme Narvic l’avait pressenti, il n’y aura pas de place pour tous les passagers. Fabrice, Thierry, Zoupic… (et d’autres qui se reconnaitront…) un à un, les nombreux pionniers qui avaient aidé la soucoupe a décoller, s’en désolidarisent. Et pendant qu’elle continue sur sa lancée, les KP* sont délaissés, laissant leur place aux papiers d’une routinière qualité (internet, open-data, fablabs, surveillance, terrorisme).
Mais la soucoupe tourne en rond dans sa bulle, et n’a jamais pu redescendre sur Terre.
Aurait-t-elle dû garder le cap initial ? S’en remettre plus entièrement à sa communauté ? Les contreparties que cela impliquait n’ont pas été envisagées. Cela était peut être encore trop ambitieux à l’époque. D’autres le feront bientôt.
Trou noir
Pas facile de naviguer à vue dans un système monétaire parsemé de trous noirs. Aspiré par les contraintes d’un système qui laisse décidément bien peu de place à tout ce qui ne profite pas au grand Kapital, Owni va laisser un grand vide, lui aussi. Mais les vaillants owniens qui ont éclairé l’obscurité pendant ces trois dernières années, eux n’ont certainement pas à rougir.
<boutade> Et vivement le revenu de base /-) </boutade>
* KP = jargon signifiant « cross-posts », articles de blog republiés
Recitifé: 2011 au lieu de 2010 (les années passent vite, mais quand même…)
- Peur sur le Web
- Surprise ! Les députés ne sont pas représentatifs de la population
- «Penser à droite» aujourd’hui avec Emmanuel Terray
- Le règne de l’oligarchie médiatique
- Chris Anderson : « L’imprimante 3D aura plus d’impact que le Web »
- Qu’est-ce que la dette ?
- Pourquoi le social-libéralisme est dans l’impasse
- Les banquiers grecs prouvent que le revenu de base est possible
- Ce qui se passe vraiment en Islande
- Estonie: les citoyens prennent le pouvoir pendant un mois
- Hartz IV: How a benefits shakeup changed Germany
- The Economically Out-of-Date Nation-State
Stop interrogation. Existerait-il donc un ordre moral qui ne nous laisserait pas d’autre choix que de priver un enfant de manger sous prétexte d’une ‘crise de la dette’ et d’un déficit budgétaire à combler ? Quelle dette cet enfant a-t-il donc envers qui ? Et si celle-ci existe, peut-il seulement la payer ? read more…
Imaginez que l’on confie le protocole TCP/IP à Orange et que ce dernier facture chaque octet qui passe sur le réseau. Vous y êtes ? Vous avez maintenant une idée de ce à quoi ressemble le système monétaire : un immense bien commun confié aux intérêts d’une minorité bien organisée. read more…
Le revenu de base est une solution économique qui va de pair avec la philosophie de la culture libre, et constitue une solide réponse face au contexte économique. S’ils veulent être crédibles et cohérents, les pirates ont donc tout intérêt à défendre haut et fort cette proposition. read more…
L’inflation est probablement l’un des concepts économiques les moins bien compris par le grand public, ce qui engendre beaucoup de confusions lorsque l’on parle de revenu de base ou de dividende monétaire universel.
A qui profite l’inflation ? Pourquoi c’est un phénomène avant tout monétaire ? Et les banques centrales la contrôlent-elles vraiment ? Voici trois idées fausses qu’il convient de démentir afin d’aborder sereinement le sujet.
D’un point de vue économique, il est évident que la Grèce doit quitter la zone euro. Dès l’origine, elle n’aurait même pas du en faire partie et aujourd’hui, son adhésion à la monnaie unique est une absurdité tellement son économie a décroché par rapport au reste de l’Europe. Pourtant, la sortie de l’euro continue de susciter de nombreuses peurs et des incertitudes, ce qui explique en grande partie pourquoi si peu de gens en Grèce défendent ce scénario. Heureusement, moyennant un peu d’imagination, il se pourrait qu’il existe des solutions innovantes pour faire de la sortie de l’euro une réelle opportunité de changement pour le peuple Grec. read more…
François Hollande est donc élu face à un Sarkozy en bout de course après un quinquennat catastrophique. Que la vie est parfois ennuyante quand on a un temps d’avance. read more…
Chers lecteurs, amis, visiteurs,
Après tant de mois et d’années pour certains à nous battre pour l’instauration d’un revenu de base, notre mouvement est sur le point de passer à la vitesse supérieure. read more…
Pour aller plus loin que le vote blanc, il y a évidemment le tirage au sort des gouvernants. L’idée est notamment défendue par Etienne Chouard en France, qui donnait récemment un talk lors de la conférence TedxSquare à Paris. Une chouette intervention qui mérite réflexion avant les échéances électorales qui arrivent… read more…



