Les leçons d’Hadopi
Malgré tous les arguments en défaveur de cette loi, malgré l’opposition massive de la blogosophère et de la majorité des internautes, la loi hadopi a fini par passer. Quel bilan peut-on faire de cette fronde finalement stérile? Quelles leçons à en tirer en vue du prochain combat qui s’annonce entre blogosphère et sphère politique à propos de la loi LOPPSI?
1. Une question de rapports de force
La première leçon que j’en tire est triste mais c’est pourtant surement la plus exacte : cette défaite signifie avant tout la victoire des des lobbies de l’industrie de la « culture », la pitié de ce secteur agonisant ayant emporté le coeur des députés…
Mais bon, il faut dire que cette victoire est aussi due à l’absence d’opposition assez forte pour contrer ces lobbies bien implantés.
C’est donc un échec pour les opposants principaux à cette loi : la blogosphère.
2. L’échec de la blogosphère
A mon sens, l’échec de la blogosphère réside principalement dans le fait que cette opposition était à la fois divisée et désorganisée.
La division des blogueurs
De fait, tous les blogueurs n’avaient pas les mêmes motivations à lutter contre cette loi.
Il y avait d’un côté des fondamentalistes : les partisans de la fin du copyright (edit : pas nécessairement), de la culture libre, dont l’inépuisable Fabrice Epelboin était un fer de lance.
Mais de l’autre côté, il y avait des blogueurs beaucoup plus modérés comme Eric de Presse-Citron qui met les points sur les i ici, ou encore Olivier Ezratty ici. (il suffit de voir la longueur des commentaires pour constater la division des internautes sur le fond des arguments).
Au final, Narvic et Pierre Mounier résument plutôt bien la situation : on s’est peut être trompé de bataille et de stragtégie …
L’Absence de leader
Et pour cause! Sur internet, chacun y va de son petit billet dans son coin. La blogosphère est l’archétype d’un mouvement massif, mais décentralisé à l’extrème. Le problème c’est qu’au final, qui coordonne tout cela ?
Il y a bien eu des initiatives comme celle du réseau des pirates, demandant aux internautes de signe un pacte pour les libertés numériques fermement opposé à la loi hadopi. Mais cette initiative n’a pas fait l’unanimité.
Certains ont hésité à signer, d’autres l’ont rejetté. Bref, le réseau des pirates n’a finalement obtenu de véritable légitimité (et donc l’autorité nécessaire afin de mener ce combat de bout en bout).
En fait, ce qu’il manque à internet, c’est un lobby…
3. Nos politiques sont dépassés par la technologie
Il faut dire les choses comme elles le sont : nos députés ne comprennent pas internet (ou ne veulent pas le comprendre ?). Plusieurs raisons à cela.
Tout d’abord, il faut bien le dire : la moyenne d’âge de 58 ans dans l’hémicycle (voir 1er paragraphe) n’aide pas (même si c’est l’âge parfait pour enchainer ensuite avec le sénat :p ) ! Combien de nos députés utilisent vraiment internet ? Combien ont déjà essayé de télécharger un album légalement pour se rendre compte par eux même qu’il y a un vrai problème d’offre légal sur internet depuis le début? Combien lisent des blogs pour se rendre compte de l’absurdité de cette loi? A en voir cette vidéo, ça fait très peur…
L’autre point, c’est que internet fait peur aux politiques. Pourquoi? Tout simplement parce que cela signifie pour eux la fin du monopole de la parole et du débat politique. En d’autres termes, internet est la porte ouverte à la transparence et à libre contestation/opposition des citoyens. Du coup les politiques essayent de se raccrocher tant bien que mal à leurs acquis statutaires… ! L’initiative Députésgodillots.info en est le parfait exemple. Les responsables de ce site qui surveillent les débats à l’assemblée de manière à dénoncer les députés qui ne font pas leur travail ont ainsi reçu des intimidations de la part de Sylvia Pinel, député du Tarn-et-Garonne [edit : elle a retiré sa plainte par la suite suite]. Il y avait également eu cette tentative d’entraver leur travail hautement citoyen : améliorer la transparence du monde politique auprès du peuple.
Et oui, ça fait mal de devoir rendre des comptes à ce qui vous élisent…
Je ne m’étendrai pas plus sur ce point : j’aurai surement l’occasion d’y revenir – hélas
. [J'ai mis quelques liens en bas de cet article pour plus d'infos à ce sujet]
Pour conclure ce triste tableau…
Même si je crois profondémment à la révolution numérique qui vient, je me dis parfois qu’on est qund même bien mal partis! La classe politique, soutenue par les lobbies des industries traditionelles sont les gardiens de l’ancien régime. De son côté, la nouvelle génération incarnée notamment par les blogueurs n’est pas prise au sérieux (quand elle est écoutée)…
Qu’en pensez-vous ? Croyez-vous à la révolution numérique? Pensez-vous que les choses changent trop/pas assez vite ?
Edit : lisez bien les commentaires de fabrice Epelboin à la fin de cet article
- – -
A lire aussi à propos de la transparence politique sur internet :
Qui écrira la démocratie numérique de demain ? et Nos députés sont anti-internet – Fabrice Epelboin
Wiki de La Quadrature du Net – cette initiative a pour but de déployer une « mémoire numérique », il recense par exemple les votes de chaque députés.
Quand le ministère de l’intérieur efface rue89 de wikipédia – Rue 89
Leave a Reply
Additional comments powered by BackType

Salut Stan, super article. Juste une remarque, c’est que je trouve ça plus agréable qd les liens s’ouvrent ds une nouvelle fenetre ou onglet, au lieu de « partir » de ton article alors qu’on n’a pas encore fini de le lire
a++
Ce n’est que mon avis, et c’est tout bête
Salut Yannig !
Saches que si tu fais ctrl+clic ça ouvre le lien dans un nouvel onglet (pareil si tu cliques avec la molette de ta souris).
Je préfère donner le choix à mes visiteurs. Si je faisais comme tu le suggère je ne laisserais plus ce choix.
Si le visiteur veut vraiment quitter le site, je ne veux pas lui en empêcher
Mais si tu as d’autres remarques, je t’en prie
Heu…
quelques remarques en vrac…
1) je ne suis nullement partisan de la fin de copyright, je suis partisan des Creative commons, ce n’est pas du tout la même chose. De là à me traiter d’extrêmiste, tu pousses un peu (il y a bien plus extrêmiste que moi sur le marché). J’ai édité Lawrence Lessig en France, qui n’est pas plus partisan que moi de la fin du copyright, juste de son amendement.
2) le réseau des pirates a servi de système de coordination entre les principaux acteurs de l’opposition Hadopi. Comment expliques-tu que jamais Numérama, PCimpact, ReadWriteWeb et les autres n’ai traité du même sujet, qu’ils ne se soit jamais marché sur les pieds, aient systématiquement backlinkés vers les sujets de fond traités par les uns ou par les autres ? Coordination par transmission de pensée ? Mailing list du réseau des pirates ? Je te laisse deviner…;-)
3) echec ? Tout est relatif. Quand trois ou quatres blogs et une assos comme la Quadrature arrivent à ce que le sujet – censuré dans la presse jusqu’en mai – débarque de façon mainstream… Encore une fois, tout est relatif.
4) echec (bis) ? Heu… relis les primo signataire du pacte des libertés numérique, tu y trouveras… deux spin doctors du PS et un spin doctor de l’UMP (respectivement les députés qui étaient derrière le rideau et ceux qui étaient à la buvette de l’assemblée lors du coup d’état du PS qui a fait – finalement – sortir le sujet dans la presse.
5) Bloggeur pas pris au sérieux ? En tout cas reçu 3 fois par NKM et qui a rencontré ou croisé pas mal de députés… dont Sylvia Pinel, qui avait attaqué deputesgodillots.info et qui a immédiatement retiré ses menaces quand le trio anti hadopi (pcimpact, numérama, rww) lui est tombé dessus… Faut croire que si tu ne nous prends pas au sérieux, les députés, eux, sont d’un tout autre avis…
En pratique, le réseau des pirates est un echec dans sa dimension publique (la véritable histoire de cet échec est plutot un sabordage, mais ce serait trop long a raconter dans un commentaire), mais pour ce qui est de son aspect ‘underground’, cela a été extrêmement efficace.
Franchement, Hadopi, on s’en fout, on pourra toujours revenir en arrière, et il y a de bonnes chances que la parlement européen nous l’impose. Le vrai danger c’est Loppsi, lis donc ma réponse à Narvic, on ne s’est pas trompé de bataille, c’est juste la première étape d’une guerre, et les politiques sont les premiers à reconnaître qu’ils ont complètement sous estimé l’adversaire.
Cordialement,
FE
@Fabrice
Autant pour moi tu as raison de distinguer fin du copyright et culture libre : je rectifie sur la champ
Pareil pour le « presque extrémiste » je reconnais ma petite envolée lyrique
Concernant le réseau des pirates, je ne parle de ce que j’ai vu. Et c’est sur que je n’avait pas conscience du travail de coulisse réalisé.
Tu cite quelques exemples de députés signataires et NKM, mais ça ne reste pour moi que des exceptions à la règle (mais c’est un début certes).
Pour le reste, je voyais en effet plutôt l’échec au niveau publique comme tu le dis. Le problème c’est que c’est ça qui compte …
Mais j’ai foi dans ton optimisme : ce n’est que le début d’un combat. Finalement hadopi aura au moins eu le mérite de réveiller la blogosphère et de faire naitre des initiatives comme le réseau des pirates. Un bon échauffement en somme
En espérant meilleur succès (au niveau publique cette fois-ci…) pour la suite, mais avec des gens engagés comme toi ça devrait le faire
Cordialement
En terme d’action visible publiquement, il y a tout de même eu la fin de la censure. Si tu regarde attentivement les média (de TF1 au Monde), tous (à l’exception de Libé via Ecrans.fr) on censuré le débat Hadopi jusqu’au dernier moment (le coup d’Etat du PS, les députés derrière le rideau).
C’est du à l’article 212 de l’Hadopi, en partie (amendement sur la presse en ligne), et au pouvoir des lobbies sur les média également. Aujourd’hui, Le Monde et le Figaro parlent de Hadopi et de Loppsi presque tous les jours. Honnêtement, vu les forces en présence (gros lobbies, le gouvernement, pas mal d’artistes qui ne comprennent pas bien ce qu’il se passent, les média qui appartiennent à 99% aux amis du chef de l’Etat), on ne pouvait décemment pas espérer mieux.
Hadopi est passé avec 33 voix d’avance là où précédemment, au Sénat, la loi était passé avec 99% des voix. Même les députés qui ont voté pour sont conscient d’avoir fait une connerie (beaucoup nous l’on confié en ‘off’, mais c’était ça ou aller en guerre contre Sarkozy, et beaucoup ont eu la trouille).
Ces blogs (4 en tous, si on compte Numérama et PC impact comme des blogs) ont fourni 80% de leurs argumentation aux députés anti Hadopi (on a bossé avec les assistants parlementaires en pratique).
Sans même parler de Frédéric Lefebvre qui a été shooté par le web2 d’un poste de secrétaire à l’économie numérique (c’est moi qui ai lancé le buzz).
Franchement, c’est plutôt une réussite. Aujourd’hui, quand on balance une info sur un blog qui a lutté sérieusement contre Hadopi au sujet de Loppsi, elle est reprise en coeur par la presse, c’est un changement radical par rapport à l’époque où la presse consédérait les blogs comme un ramassi de gamins qui commentent l’actu avec leurs pieds, un défouloir géant où tout le monde donne son avis sur tout et n’importe quoi, ou un vidéogag géant.
A l’heure où Alliot Marie, Frédéric Lefebvre et Morano vont lancer une grande campagne sur le thème : l’internet, c’est des pédophiles à tous les étages, heuresement que le rapport presse-blog a changé ces six derniers mois car autrement, nous n’aurions eu aucune chance de faire entendre une voix dissonante…
Vu comme ça… c’est vrai que c’est pas mal !
Je suis surement trop exigeant et impatient! Mais bon c’est aussi un peu normal que ça ne bouge pas aussi vite qu’on ne le voudrait
Bonne continuation alors, la france a besoin de vous!
(et merci de venir partager ton analyse avec le côté envers du décor très instructif…)