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Non Monsieur Mitterand, internet n’est pas un espace virtuel

2009 septembre 23

fred-mitterand

Je viens de lire sur Ecrans.fr le discours de Frédéric Mitterand lors de l’adoption de la loi Hadopi mardi dernier. On peut y lire :

La perspective de la sanction signalera qu’internet ne doit pas être un lieu de non-droit. C’est un espace rapide, où l’on « surfe ». Pour autant, cela ne doit pas être un espace où le droit se volatilise, et devient virtuel.

Cette démarche n’est pas réactive et négative. Elle veut construire, sur le long terme, une nouvelle approche de l’internet.

Il s’agit bel et bien de poser clairement le principe d’internet comme espace civilisé – avec ce que cela implique comme protection des droits élémentaires de chacun.

Ne soyons pas naïfs : nous savons que ce que nous décidons dans le monde virtuel d’internet a des implications profondes dans le réel. Nous savons qu’il n’est pas bon de se laisser aller à l’illusion d’un monde parallèle où rien ne pèse, où triompherait l’insoutenable, l’excessive légèreté du Net.

J’ai volontairement mis en gras des termes qui me choquent dans ces propos. Mr Mitterand s’entête à opposer le « monde d’internet » au « monde réel ». Erreur classique de ceux qui ne comprennent pas internet (ou démarche rhétorique volontaire de ceux qui font semblant de ne pas comprendre internet ?).

Alors répétons le encore une fois : internet, c’est le réel ! Ou du moins son prolongement.

Il est certes très difficile de définir cet espace encore très nouveau pour notre société, mais il en reste certain que lorsque que j’écris sur mon blog, lorsque je discute sur FriendFeed ou sur twitter, rien n’est plus réel que ces interactions. Je ne suis pas un robot, et mes lecteurs non plus. L’outil technologique internet n’est qu’un intermédiaire entre des personnes belles et bien existantes…

A partir de là, opposer internet au monde réel n’a aucun sens. Il est d’ailleurs amusant de constater que ce sont souvent ceux qui utilisent le moins internet qui font cette erreur, et non les internautes avertis. Il faut donc arrêter de penser que les internautes sont des illuminés planqués derrière leur avatar dans un second life appelé internet… Bref, passons ;-) .

Bien sûr, cela n’empêche pas qu’internet doive être (idéalement) un « espace » civilisé, mais n’en est-il pas de même de la vie « réelle » ? Or qu’en est-il en réalité ? L’incivilité est partout : sur internet comme ailleurs…

Mais évidemment, il est plus facile de dénoncer les comportement anti-civiques (ou jugés comme tels) sur internet, où rien ne s’oublie. Mais là encore, Frédéric Mitterand oublie quelque chose, c’est qu’internet change les règles. Et c’est là que le raisonnement de ce monsieur s’effondre de nouveau.

Ainsi, le piratage et autres comportement jugés inciviques ne le sont qu’au regard de la loi actuelle (ces bouts de textes pleins de poussière :p) tandis que les pirates, eux, ont bien conscience de l’impact de leur geste. En vérité, ce sont nos lois qui sont amenées à évoluer  en fonction du nouvel environnement qu’internet est en train de façonner (et non l’inverse).

Tout cela n’est qu’une question de temps : le plus vite sera le mieux (avant que d’autres vous forcent  à le faire…).

- – -

Crédit photo : Mr Azed

A lire ailleurs :

Redéfinition des règles du jeu – Autheuil

Internet est une rue – Nicolas Voisin

Comment internet s’apprête a redéfinir le monde de demain – RWW France

4 Responses leave one →
  1. septembre 24, 2009

    Bonsoir,
    Si on extrapole, quand il est au téléphone c’est du virtuel également vu que c’est une dématérialisation d’une conversation.
    Typique de ceux qui ne comprennent pas la réalité du web. :-(

  2. Clément B permalink
    septembre 26, 2009

    Internet, pas virtuel? Eh bien si, au moins en partie. Tu n’es pas un robot, les intervenants quelque soit la plate-forme (forums, blogs, réseaux sociaux…) non plus, mais ils peuvent être des faux et ça ce n’est pas nouveau. Comparer le net au téléphone n’a pas de sens, même en extrapolant : au téléphone on sait à qui l’on parle (l’immense majorité du temps), et ça suppose un échange de coordonnées consenti préalable (encore une fois, l’immense majorité du temps).

    C’est virtuel car tu peux prétendre être n’importe qui pour pouvoir discuter de n’importe quoi, à peu près n’importe où, n’importe comment et encore une fois avec des gens qui eux aussi se font passer pour qui ils veulent. L’anonymat n’a jamais été aussi absolu, d’où des relations -parfois- fausses ou autrement dit…virtuelles. A ce niveau, autant jouer à WoW et se faire appeler Torgal, le barbare nordique.

    Je pense que dans un premier temps l’incivilité n’est pas ailleurs que là. C’est l’impunité générale qui chapeaute un peu tout ça qui peut faire penser qu’Internet est encore un terrain en friches. Et vu la jeunesse du medium, de fait, ça l’est.
    Après tout tu le dis toi-même, « Internet est du moins le prolongement du réel ». J’irai plus loin que ça, on va dire que c’est du réel avec plus ou moins des masques. MySpace puis Facebook ont eu ça de novateur de « forcer » les gens (et encore, seulement ceux qui le voulaient bien…!) à se découvrir. Néanmoins on en est pas encore à l’Internet-ID, et c’est pas nos pauvres adresses IP modifiables et interchangeables qui me feront penser le contraire… Enfin bref, tu mélanges certaines notions d’après moi.

    Là où je te rejoins c’est sur ton dernier paragraphe. Le « piratage » n’est qu’une nouvelle façon d’aborder le divertissement/la culture, pas un comportement incivique en soit (c’est mon opinion). Et oui, la société à vocation à s’adapter aux habitudes que sont en train de prendre les gens, pas l’inverse en effet.

    Amicalement

  3. septembre 26, 2009

    @Clément: Ce que tu dis est vrai, et tu as raison de préciser tout ça. Il faut néanmoins comprendre ce billet dans sons sens général.

    Bien sûr, on peut toujours porter un masque sur internet.

    Néanmoins là où je critique principalement Mr Mitterand c’est dans son éxagération à l’extrème de l’internet, où selon lui, tout le monde porterait des masques… En fait, il rejoint complètement le discours de Christophe Lameignière (pdg de Sony) … (et il faut dire que la ligue odebi lui donne en partie raison)

    Problème : de nombreux pirates élèvent leurs voix sans masques pour dénoncer la loi hadopi et présenter des pistes d’avenir pour la création. Ces gens sont parfaitement civilisés… (et c’est là qu’il faut comprendre les nouvelles règles d’internet)…
    Sans oublier que la responsabilité de l’internaute (même anonyme) vis à vis de ses propos n’a jamais été oubliée par la loi. De plus en plus d’affaires judiciaires nous le montrent. Parler d’une zone de non-droit est donc totalement faux.

    Mais bien sûr, il est beaucoup plus intéressant rhétoriquement et politiquement pour Frédéric Mitterand de cataloguer tous les internautes et de faire d’internet un lieu totalement différent du monde réel… La plupart des gens vont très bien gober le message ! (d’où mon propos : « ou démarche rhétorique volontaire de ceux qui font semblant de ne pas comprendre internet ? » ;-)  »

    Bref ce n’est pas nouveau : la simplification a l’extrême a toujours été un outil efficace en politique…

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