Le mythe de la désinformation sur internet
L’un des paradigmes de l’internet, c’est l’égalité entre les internautes. Sur internet, tout le monde peut s’exprimer publiquement sans aucunes barrières si ce n’est celle de disposer d’une connexion à internet. De nombreux services gratuit favorisent d’ailleurs cela, et notamment les blogs (et cela devient de plus en plus facile avec des outils comme posterous ou Tumblr). En un mot, internet favorise la liberté d’expression.
Cette idée, plutôt positive au départ, fait pourtant peur à de nombreuses personnes. En effet, si l’on donne la parole à tout le monde (et donc n’importe qui), n’y a-t-il pas des dérives possibles? C’est en tout cas le discours d’un certains nombres de détracteurs (et bien souvent non-usagers) du net, Séguéla, Finkielkraut, Olivennes en tête, qui pensent qu’ internet est le paradis de la désinformation et de la diffamation. (bouh!)
Sans aller aussi loin, un ami m’a récemment fait part de ses réflexions sur le sujet :
(…) je pense qu’internet présente aussi des dangers, celui d’une part de pouvoir dire tout et n’importe quoi sans presque craindre de sanction, d’accusation de diffamation surtout si on fait ça anonymement, et d’autre part, tu parles parfois de « blogueurs influents », et de là vient aussi un danger: Peut être qu’au fur et à mesure, internet va se structurer et des leaders d’opinion, comme en politique, vont émerger, peut être sans toujours dire la vérité! Internet pour moi présente surtout un danger contre la liberté: Le fait qu’une vidéo puisse être vue par des millions de personnes en moins de 24h est très dangereux: Une minorité de blogueurs peuvent détruire quelqu’un juste parce que ce dernier n’a pas les mêmes idées qu’eux.
Je suis persuadé que ces inquiétudes sont infondées, et je vais essayer de vous montrer pourquoi.
Prenons l’exemple d’un blogueur qui écrit un pamphlet infondé contre un homme politique connu. Que se passera-t-il?
Ecrire, c’est bien, être lu, c’est mieux …
Tout d’abord, si le blog est récent ou peu connu, il y a de fortes chances pour qu’il sera totalement ignoré et/ou que le billet ait très peu d’impact. En effet, tout blogueur ne naît pas « influent »! Et j’irai même plus loin : la plupart des blogs n’appartiennent même pas à la blogosphère! En effet, un blog en fait réellement partie à partir du moment où ce blog est lu, commenté, repris par d’autres etc. Si ce n’est pas le cas, la tentative d’intox ne sera ni plus ni moins qu’un coup d’épée dans l’eau.
L’influence du blogueur : une question de confiance
Devenir « influent » est un (long) processus qui exige :
- d’écrire des billets intéressants, de bonne qualité rédactionnelle, et bien sourcés.
- d’être présent sur les réseaux sociaux : twitter, friendfeed ou autres, et y faire preuve de crédibilité.
- de faire une veille informationnelle intense (pour trouver les bons liens notamment)
- du temps et de la patience
Tout ce processus permet petit à petit de gagner la confiance des internautes, confiance qui est non seulement très longue à acquérir, mais peut aussi être perdue très rapidement ! A ce titre, même un blogueur connu n’a pas du tout intérêt à mentir à ses lecteurs, car il mettrait sa crédibilité en péril (et perdrait donc son audience).
Au passage, on remarque également que cette perte de confiance peut également affecter ceux qui relaient ces fausses informations via les réseaux sociaux !
L’importance du statut, y compris sur internet
De plus, il faut aussi que le blogueur ait une certaine crédibilité vis à vis du sujet dont il parle : une compétence particulière, des expériences, un statut. Ainsi, le fait d’écrire sous un pseudonyme peut éveiller la méfiance des lecteurs.
Je ne dis pas que le statut de la personne fait tout, mais si le blog est peu connu, cela joue énormément. D’ailleurs, savez-vous que la page « about » d’un blog (en général là où le blogueur se présente) est en général l’une des pages les plus visitée d’un blog ?
Les blogueurs hors d’atteinte de la loi ?
Là encore, une idée trop souvent admise par beaucoup de gens, à tort bien évidemment. La diffamation, comme dans la presse ou n’importe quel autre média est réprimée pénalement. D’ailleurs, le blogueur risque bien plus qu’un journaliste (par exemple) puisque le blogueur est personnellement responsable du contenu du blog, tandis que le journaliste (sauf indépendant) agit dans le cadre de son activité professionnelle (donc responsabilité du journal).
Il y a d’ailleurs déjà eu des exemples de blogueurs inculpés en justice, y compris sous anonymat (et parfois même absurdes) ! En fait, le concept même d’anonymat est à relativiser : il n’y a pas d’anonymat absolu sur internet !
Bon ok, mais admettons quand même qu’une intox se répande ?
De l’importance des commentaires…
Si l’on trouve des incohérences, un simple commentaire permettra de démentir l’information, et (encore une fois), c’est toute la crédibilité du blog qui s’en trouvera affectée. D’ailleurs, plus le blog est visité, plus il y a de chances qu’un lecteur avisé signale l’entourloupe… Et de fait la bombe se désamorce d’elle-même
…
Et si les commentaires sont censurés, c’est encore pire car cette pratique sera très probablement dénoncée sur d’autres blogs ou les réseaux sociaux comme par exemple ici :

La désinformation sur internet est donc un faux problème. Le débat est ailleurs.
Lecteur et information : un nouveau rapport
Je crois qu’il faut donc voir le problème d’une manière différente : après des décennies de médias de masses, de messe du JT, bref d’information à avaler telle quelle (sous prétexte de neutralité des médias), le processus et les acteurs générant de l’information ne sont plus du tout les mêmes… ce qui nécessite de fait que nous nous y adaptions.
Il revient désormais à chacun de prendre ses distances avec ce qu’il lit : l’article est-il sourcé? Que disent les commentaires? Qui en est l’auteur ? Autant de questions que nous devons nous poser à chaque fois que nous nous informons.
La bonne nouvelle c’est qu’internet est formidable pour cela : l’abondance d’informations permet de vérifier rapidement l’existence des prétendues sources, ou encore de les croiser avec d’autres.
De plus, je suis persuadé que ce processus est très vertueux pour chacun dans le sens où cela fait davantage appel à notre capacité d’analyse, de recul, et à nos connaissances précédemment acquises. En somme, internet nous amène à devenir acteurs dans ce nouvel écosystème de l’information…
Conclusion
Internet nous amène donc non seulement à repenser la manière dont nous nous informons (comme je l’avais déjà expliqué dans mes premiers billets), mais surtout à repenser notre manière d’appréhender cette information.
Globalement, le système s’autorégule et n’a pas besoin d’intervention externe pour limiter les dérives. Et même s’il y en a (et il y en aura encore), je préfère me réjouir des incroyables avancées que les médias sociaux permettent, et de leurs effets positifs, notamment pour la démocratie
.
Je crois qu’il faut également garder à l’esprit que tout cela reste très nouveau et qu’un temps d’adaptation/apprentissage est donc nécessaire.
Et c’est un véritable défi pour notre société. Êtes vous prêts à le relever ?
– — –
A lire ailleurs :
Internet et la fin des intellectuels en perruque – [Enikao]
La transparence est la nouvelle objectivité – Transnets
« Le net est la plus grande saloperie qu’aient jamais inventée les hommes » – BugBrother
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Bonjour Stan !
Comme d’habitude, tu résumes bien les choses. Félicitation ! Cependant, laisse moi me faire l’avocat du « mail » pendant un instant en nuancer certains de tes propos.
Tu dis : « si le blog est récent ou peu connu, il y a de fortes chances pour qu’il sera totalement ignoré et/ou que le billet ait très peu d’impact ». Or, l’information ne se résume pas uniquement aux différents blogs. Prenons un exemple récent : la fausse mort de Kayne West qui a fait le tour du monde via Tweeter (Article : http://obstyles.nouvelobs.com/article.php?rubrique=people&id=7352). Dans ce cas la c’est un ensemble de personnes peu influentes qui, via un réseau « influent », a fait circuler une information éhontée. Dans ce cas précis, nul besoin d’être influent il suffit de savoir utiliser un outil qui fait de l’audience et d’être a fortiori un tantinet nombreux (ou pas).
Pour le reste de l’article, je suis plutôt d’accord avec toi : même si un hoax est répandu il sera vite « démasqué » car ce qui fait la faiblesse des réseaux sociaux en fait aussi sa principale force.
Pour conclure, imaginons une seconde ce qui aurait pu arriver si l’hoax n’avait pas concerné la mort de Kayne West mais celle de Steve Jobs ? Les conséquences auraient pu être immédiates sur le prix de l’action.
Je me permet également de souligner la responsabilité personnelle de l’individu dans sa recherche d’information : quand on part à la pêche à l’info, il faut avoir activé son esprit critique !
Voilou
Bonne journée !
@Julien
Merci pour ton feedback positif
Tu as raison de parler de l’exemple de Kany West (que je ne connaissais pas du reste).
Néanmoins je dis bien que « cette perte de confiance peut également affecter ceux qui relaient ces fausses informations via les réseaux sociaux ! » autrement dit oui il y a toujours des intox qui circulent, mais en fait personne n’a intérêt à les diffuser, y compris sur les réseaux sociaux (pas que les blogs). Cela dit oui cela peut arriver à tout le monde de faire ce type d’erreurs, y compris chez les zinfluents!
D’ailleurs, c’est en partie pour ce genre de choses que je n’aime pas spécialement twitter et préfère largement friendfeed. En effet, sur twitter il est très difficile de suivre les conversations, ce qui implique que si X dit de la merde, certes Y a la possibilité de contredire le twitt, mais cela ne sera pas forcément vu par les followers Z (que si ils followent Y ou quelqu’un d’autre qui retweete Y). (Vous suivez ?)
.
Tandis que sur FriendFeed tout le monde peut voir les commentaires des autres très facilement
C’est en partie cela qui peut inciter selon moi twitter à propager plus facilement des buzz, y compris des mauvais buzz…
Joli résumé.
Il n’y a qu’une seule chose où je crois que tu n’as pas assez observé, c’est que même un blogueur « obscur », pourvu que son blog ait un look clean et pas déjanté, peut se faire linker son article, s’il est le premier à publier, sur un homme ou une femme politique, par n’importe quel média d’importance, et là, c’est de la folie, il est repris partout et son audience explose sur le coup.
C’est un vieux, très vieux phénomène, qui date des débuts de Slashdot, premier organe libre et collaboratif d’information. Lorsqu’un blog ou un petit site sort une nouvelle en premier, souvent (pour cause d’afflux massif de trafic) le serveur sur lequel il est hébergé saute. Le terme est d’ailleurs passé dans le langage courant en anglais, on dit souvent que tel ou tel site s’est fait « slashdoter ».
@Thierry merci pour cette précision « net & histoire »
Ce que tu dis rejoins un peu le commentaire de Julien : oui cela peut arriver, mais contrairement aux médias trad, internet offre la possibilité de contredire l’intox
Ca met parfois un peu de temps, mais c’est plus facile quand même! De plus il y a encore le probleme de la perte de crédibilité de ceux qui ont buzzé.
En fait en relisant mon article une nouvelle fois, je pense que mon titre ne reflète pas exactement ce que je voulais dire. Si je devais le réécrire je dirais plutot : « le faux probleme de la désinformation sur internet ». Autrement dit je ne nie pas qu’il soit possible que des intox passent à travers l’autorégulation du système, mais le probleme n’est pas là : le problème est celui des comportements individuels (ceux qui relaient sans avoir vérifié notamment).
Qu’en pensez-vous ?
Tête de Quenelle
Je trouve cela excellent, on dirait une tête de président
Cela me rappelle une brève dans une bande dessinée
Sur une pancarte il est inscrit: Tête de Station
Un passant vexé à écrit dessus: Toi même
This comment was originally posted on narvic
Merci de ta réponse,
Il y a aussi une chose qui vient de me traverser l’esprit.
Je pense que le terme « d’auto-régulation » recèle sur les marges des dangers idéologiques.
Cela me fait penser à des concepts soviétiques ou de communautés hippies sur l’auto-discipline, bref, une censure de l’individu entériné au niveau collectif. Ce qui est malgré tout l’embryon du totalitarisme pour faire disparaître par la terreur de l’élimination ou de l’exclusion tout type d’avis divergent.
Pensée d’extrême-gauche communautaire typique, et qui a rayé de la carte des dizaines de millions de personnes au XXeme siècle.
Je préfèrerais le remplacer par un concept plus aristocratique de liberté de proposition, qui s’il rencontre une diversité d’avis, permet d’avoir accès à une richesse critique. Dans ce cas, il ne peut y avoir de désinformation car le matériel est là pour que chaque individu se fasse son opinion.
Bonjour,
Article très intéressant auquel j’adhère globalement. Excepté que ces arguments en faveur d’Internet sont exacts pour les catégories culturellement favorisées. Je retiens votre dernier point : « un temps d’adaptation/apprentissage est donc nécessaire ». Oui en effet, comme pour tous les médias, il y a un apprentissage nécessaire pour en tirer (socialement, économiquement, culturellement) le meilleur.
Il n’y a pas de mauvais média, ou même de mauvais programme en soi : tt dépend de ce que l’on en fait, du discours qui accompagne ce programme (on peut faire de la sociologie en regardant la Star ac’, si, si…)
Mais au départ il y a le bagage culturel, l’environnement social, le niveau socio-économique des parents et amis. Point de fatalité, il y a des contre-exemples, mais les statistiques de mobilité sociale sont éloquentes : les enfants de cadres ou de profs réussissent bcp mieux que les autres. Tout comme les études sur Channel Four (chaîne éducative) ont montré que seuls les enfants de riches la regardaient et en tiraient réellement profit. De fait les nouvelles technos accentuent toujours les inégalités sociale set culturelles, au moins dans un premier temps.
Internet c’est Wiklipedia (hors bidonnages électoraux), les flux RSS, Versac ou Hugues Serraf. Mais c’est aussi les pires jackasseries sur Youtube, la rumeur et la désinformation la plus anxiogène comme on l’a vu sur le traité européen. Pour décoder, trier le bon grain de l’ivraie, pour avoir envie d’apprendre et de bouffer autre chose que du Mac Do mental, il faut du temps, de l’instruction, une certaine opulence économique et culturelle dont la majorité sont démunis (sans condescendance aucune, je parle de la culture « académique » seule réellement valorisée socialement, n’en déplaisent aux promoteurs des langages alternatifs de banlieue, très intéressants mais peu valorisés par notre société élitiste).
Alors vive l’Internet mais surtout vive l’éducation et vive la solidarité sociale qui permet seule de gommer (un peu) les inégalités de base. Malheureusement ce n’est pas le chemin que l’on prend en ce moment.
Cordialement
Nos analyses se croisent et convergent sur de nombreux points.
Les personnes qui découvrent les blogs sur Internet ont besoin d’un apprentissage car elles n’ont pas de points de repères. Avec un peu de temps et de pratique on apprend à identifier une source et à l’évaluer, fut-elle anonyme ou difficile à discerner. Cette évaluation ne se fait pas nécessairement seul : on se parle souvent de sources, on s’envoie des liens, on les met sur un statut Facebook, on commente les trouvailles des autres et on les décrypte.
Il était bon de rappeler qu’un brave inconnu ne détruit pas une personne en quelques secondes. Ceux qui ont des lecteurs, une audience attentive, et qui sont capables de faire circuler et d’amplifier un message fort sont déjà des « personna » identifiées.
Il était bon de rappeler qu’anonymat ne signifie pas impunité. On peut être célèbre sur Internet sans être connu. Mais la loi s’applique bel et bien au blogueur (et il ne bénéficie pas de la protection d’un directeur de la publication, car ce rôle lui est déjà attribué), que son nom soit public ou pas.
En revanche je suis dubitatif sur la question de la régulation du système. Ca me parait flou. Disons que des équilibres naissent, que des figures crédibles émergent, trouvent un public ou cessent d’émettre de l’information, sur un mode plus simple et plus rapide qu’un média habituel, un peu comme un cycle de vie accéléré. C’est davantage une question d’audience et de crédibilité que de régulation au sens de « conforme à des règles », il me semble.
Il a tort. Avec un t.
@Thierry & Enikao : le terme autorégulation est peut être trop fort. Je crois que Enikao tu as raison quand il parle d’ « équilibres qui naissent »… je reconnais que ma vision était peut être trop optimiste sur ce point.
@cyceron : oui vous avez raison de rappeler qu’internet profite avant tout aux classes aisées comme nous en parlions récemment dans cet article . Et c’est très regrettable, je suis d’accord avec toi.
@mtislav : et toi tu as raison avec un n
Je rajouterai également que le web est un peu un organisme auto-régulateur : si une info, un buzz ou n’importe quoi d’autre s’avère bidon par exemple, il ne faudra pas longtemps avant que celui-ci ne soit découvert et relégué au vide-ordure par les internautes eux-mêmes qui, je pense, sont attachés à ce principe de transparence (tout du moins j’ose l’espérer), puisque c’est justement une chose qu’ils viennent chercher en s’informant sur le web.
Les gens cherchent en général l’identité du locuteur lorsqu’ils ont des doutes sur son honnêteté intellectuelle, doutes qui naissent à la lecture de tel ou tel article (pour plus de précisions, voir les commentaires attachés aux articles d’Eric Le Boucher ou d’Alain Minc lorsque ceux-ci officiaient au Monde) . Vous feriez mieux de vous en réjouir
Mais je suis peut-être un grand naïf…
This comment was originally posted on [ Blok Not ] _.oO Kronik|Umeur|Ydés
C’est marrant, j’ai lu cet article hier et ce matin, en écoutant France Culture, Marc Kravetz a consacré sa chronique à un bel (contre?)exemple de désinformation par les blogs : l’histoire d’un chroniqueur radio US qui a relié une information sur Barak Obama tirée d’un blog qui se voulait satyrique… raté !
Voici l’adresse du mini-site si vous voulez écouter sa chronique (5 min.) http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/matins/ Vous devez chercher l’emission du mercredi 28 Octobre dont l’invité était Jacques Atali.
Eventuellement, peut-être que ce lien va marcher directement : http://sites.radiofrance.fr/play_aod.php?BR=8812&BD=28102009
Comment expliquer alors le dechainement de haine face a F.Mitterrand.
Si les gens avaient lu le livre, une telle polemique n’aurait jamais eu lieu, or, tout le monde ou presque s’est precipité à la suite de Marine le Pen, sans discernement, juste pour se payer la tete d’un ministre.
Il y a un esprit trop libertaire, limite soixante huitard sur le net, je ne comprends pas pourquoi certains veulent fermer les yeux face à ses dérives libertaires qui menace le socle de la démocratie, mais aussi de la république.
@fabuleuxfab & @Hyjal : Vous avez raison de le rappeler, et je le reconnais bien volontiers, il y a (et aura) toujours des dérives. Mais force est de constater que dans les 2 exemples que vous citez la vérité à été plus ou moins rétablie. Il y a de très bons articles qui relativisent tout ce qui a été dit sur Mitterand.
J’ajoute également que l’exemple de Mitterand survient dans un contexte très particulier d’exaspération des internautes vis à vis d’hadopi. D’autre part il semblerait que le FN ait été instrumentalisé dans cette affaire (voir à ce sujet : http://fr.readwriteweb.com/2009/10/09/a-la-une/mitterrand-mise-mort-annoncee/)
Mais l’objet essentiel de mon article n’est pas de dire qu’il y a une autorégulation absolue du système. On y trouve des équilibres comme dit Enikao, mais il y aura toujours des effets « buzz » incontrolables. Mon point est essentiellement de dire que la vraie info reste toujours là, pour peu que les internautes se donnent la peine de réflechir à aller la chercher. Il faut donc un changement des comportements.
Je veux également démonter le mythe selon lequel on peut « détruire une réputation en 2 secondes ». Non seulement c’est pas possible pour tout le monde, ca nécessite de la préparation, et en plus les blogueurs n’ont pas du tout intérêt à le faire. Je pense que ceux qui jouent à ce petit jeu en paieront les pots cassés un jours.
@Henry Cow : Que veux-tu, le communisme était populaire lorsque le capitalisme étouffait la classe ouvrière. Le libertarisme revient lorsqu’on oppresse les libertés
Et j’aimerais bien que tu me démontres précisement en quoi l’augmentation des libertés individuelles sont si dangereuses pour la démocratie ! Ferais-tu partie de ceux qui pensent qu’une société qui crée des interdits est une société qui progresse ?
Avec internet, les règles du jeu changent… la société doit faire avec
intéressante analyse ; on aurait donc un territoire d’expression, le commentaire étant donc un élément cloisonné de l’auteur ?
contenu officiel émetteru vs l’agora ? remarque on imagine mal un tribun populaire discuter avec des anonymes au PMU…quoique..
This comment was originally posted on [ Blok Not ] _.oO Kronik|Umeur|Ydés
Il existe déjà des « meneurs » qui ne disent pas toujours la vérité : les blogueurs sponsorisés.
« La bombe se désamorce d’elle-même » : Pas du tout d’accord. Certains blogues ou sites ne permettent pas les commentaires, ou exige de se connecter (donc d’être enregistré) pour commenter. Et même une fois le commentaire envoyé, il doit être publié et y rester. Dans tels cas, la meilleure solution est encore de publier un billet de dénonciation sur son propre blogue, sauf que tout le monde n’a pas le sien ou n’ose pas.
Le Net est un médium incompris et craint. Tout le monde ne sait pas monter un blogue ni même l’animer (je ne parle même pas de le référencer). Et aussi, le commun des mortels a une certaine raison de craindre ce médium, il n’y a qu’à voir comment les gens peuvent s’emballer (désirsdavenir.org) pour rien (MER IL ET FOU), et que cela peut tourner au bad buzz insignifiant, en moquerie injuste (genre des vidéos « rigolotes » ou de gags/chutes…). Le Web est devenu un terrain de privilégié pour sa lâcher, et se moquer des autres, des anonymes dont la réputation est alors immédiatement entachée. De nombreuses personnes ont bien compris la puissance incroyable du buzz, qui peut déraper et nuire à beaucoup de gens.
On a tous bien ri quand Ségolène qualifiant de « très très puissant » le « lobby d’Internet », mais je trouve qu’elle n’a pas complètement tord. Les gens du Web (habitués tels blogueurs, consultants, webmestres…) sont dans leur milieu, dans leur élément, solidaires, ont des connaissances techniques, un réel pouvoir si ils se lient contre quelquechose ou quelqu’un.
Pour revenir au thème de la désinformation, une « bombe » comme tu l’appelles (information sciemment fausse) ne sera pas forcément découverte rapidement. Par exemple, pour un événement prévu, on peut imaginer que du contenu partisan soit créé pour l’occasion (en amont), afin de ressortir dans les moteurs lors de l’évènement, lorsque les gens feront des recherches ciblées sur cet événement.
Il y a aussi le problème de la compétence. Sur certains sujets très pointus, le quidam ou le blogueur ne peut juger de la véracité des faits. Bien qu’il existe de grands spécialistes, ceux-ci ne sont pas forcément présents sur le Net ou enclins à publier sur la Toile, car cela n’est tout simplement pas leur passion. Le rétablissement de la vérité peut alors prendre du temps… pendant lequel les gens vont s’imprégner de la fausse thèse.
Sur les commentaires, tout le monde n’a pas conscience que l’on peut commenter un billet de blogue. Les gens n’ont parfois non plus ni l’envie de faire leur enquête sur un auteur ni croiser des sources, car cela demande un effort et peut prendre du temps… sans garantie de résultat.
Pour de nombreuses personnes novices d’Internet, Internet = le Web = Google. Elles n’ont pas la culture Web que nous habitués de la blogosphère Web/hautes technologies avons. Malgré le développement des sites collaboratifs ou participatifs, la majorité des gens restent de simple consommateurs de contenu, sans réagir ou interagir avec. Comme tu le dis, un temps d’adaptation/apprentissage est nécessaire.
Ma conclusion est la suivante : la désinformation est un vrai problème (dans tout médium). Sur le Net, ce risque est faible (car peut être détectée rapidement), mais bien réel. Il faut être aux aguets, et ne pas se contenter de ce que l’on veut bien nous faire croire. En cas avéré de désinformation, demander des explications et rectifications, et si l’auteur persévère, le dénoncer publiquement.
J’ai lu les commentaires, le préfèrerais que le titre soit juste « le problème de la désinformation sur Internet », car en le qualifiant de faux, tu balaye d’emblée la vérité (c’est mon opinion) en présentant ton opinion comme un fait (là c’est mon jugement).
SI tu devais éditer ton billets, il serait peut-être bien d’inciter (par l’impératif) expliciter les lecteurs à différentes pratiques (dont certaines que tu as évoquées dans le corps de l’article) :
* vérifier si possible l’information,
* croiser les sources,
* distinguer opinions/sentiments et faits,
* ne pas hésiter à se renseigner sur un auteur (formation, engagement, popularité…),
* commenter ou critiquer une info dont on doute (au moins en privé), demander des explications ou explicitations,
* signaler, dénoncer une information manifestement fausse.
En tant que gens du Web, j’estime que l’on peut aider, éduquer, les internautes novices (naïfs ?).
@Mathias : merci pour ce commentaire très intéressant !
Je suis d’accord qu’il y a toujours des cas où la machine s’emballe à tord, mais si on regarde le cas de desirsdavenirs, on a bien rigolé sur le moment et puis c’est tout! Sur l’affaire mitterand, beaucoup on crié au scandale avant de relativiser leurs propos.
Mais oui tu as raison quand même. Ma vision est théoriquement juste, mais se heurte à de multiples difficultés que tu expliques très bien. Mais je crois que le probleme est avant tout dans les comportements individuels plus que dans l’outil en soi, qui au contraire permet bien plus que les médias traditionnels. Et c’est là où on est complètement d’accord : il y a un gros effort de pédagogie à faire !
Ce qu’il faut dire aussi, c’est que internet n’est pas pire que les médias à l’ancienne. Tiens, en 2 jours je suis tombé sur 2 exemples de FAIL de médias impliquant des médias traditionnels :
http://blogs.lexpress.fr/media/2009/10/du-petit-younes-a-la-douche-de.php
http://www.lepost.fr/article/2009/11/02/1770471_la-petite-maison-dans-la-prairie-ou-comment-une-info-vieille-d-un-an-et-fausse-fait-de-nouveau-le-buzz.html
Le probleme n’est donc pas nouveau…
Mais je crois encore une fois qu’il ne faut pas oublier qu’on est dans une période transitoire… La confiance est petit à petit en train de se déporter vers de nouveaux acteurs qui eux jouent le jeu de la transparence et de la discussion (voire co-création) avec leur communauté…
Enfin, tu as raison, je referrai certainement un autre billet sur le sujet