Contenu payant : un hors-jeu dangereux
J’avais déjà expliqué pourquoi (et un peu comment) je me passais de tout média traditionnel dans ma veille quotidienne (lire : Qui a encore besoin des médias traditionnels ?).
Alors que le New York Times vient d’annoncer qu’il rendrait (une partie) de son site payant, l’heure est donc venue d’expliquer pourquoi je ne paierai jamais pour un site de presse en ligne.
Sommes nous toujours uniquement des lecteurs ?
La principale raison pour laquelle je ne paierai pas est la suivante : je ne suis pas un lecteur… je suis un lecteur 2.0 ! Autrement dit, en plus de lire, je diffuse (liens, articles, commentaires etc…). Détail qui change pas mal de choses, comme nous allons le voir.
Pas de partage, pas de valeur
Ma veille publique (sur twitter, diigo, Google Reader, pearltrees…) ainsi que tous les contenus de ce blog n’ont d’intérêt que parce qu’ils reposent totalement sur d’autres informations disponibles sans aucune contrainte que celle d’oser cliquer. De fait, une information non partageable n’a aucune valeur pour moi. C’est comme discuter du match de foot de la veille avec des gens qui n’ont pas vu le ralenti sur le penalty. C’est non seulement inutile, mais ça peut même devenir énervant…
J’ai d’ailleurs déjà rencontré le problème il y a quelques semaines en rangeant mes bookmarks sur Pearltrees. Je me suis rendu compte que certains articles bookmarkés il y a quelques mois n’étaient plus accessibles gratuitement (notamment des articles du Monde). Ces articles auraient pu être valorisés en étant soigneusement rangés et recommandés par leur présence même dans cette bibliothèque. J’aurais même pu les utiliser pour mes article et ainsi leur apporter du trafic et du backlink. Mais il n’en sera rien : ils sombreront plutôt dans l’oubli total (je les ai supprimés) pendant que d’autres articles similaires rédigés gratuitement par des blogueurs y trouveront leur place…
Contenu vs. conversation ?
Francis Pisani se pose une question intéressante :
En écrivant ces lignes je me demande si – avec un web pas trop différent de celui que nous connaissons – je paierais plus volontiers pour des informations de qualité ou pour des conversations qui valent la peine.
C’est une question pertinente dans le sens où la qualité des conversations est de nature à ajouter de la valeur au contenu en l’enrichissant de diversité d’opinions et de connaissances. C’est ce qui fait d’ailleurs le succès des médias sociaux, et vient contrebalancer la qualité des contenus de certains médias traditionnels.
Mais d’un autre côté, la question me semble absurde dans le sens où je ne me vois pas payer pour avoir accès à des conversations. En effet, la conversation est une valeur qui se libère lorsque l’information d’origine est partagée, c’est à dire lorsqu’elle est gratuite… L’emprisonnement de l’information n’entraine que son dépérissement.
Un hors-jeu… dangereux
Pour conclure, la stratégie du paywall peut certes fonctionner à court-terme (toujours grâce à une poignée de pigeons). Mais elle se heurtera tôt ou tard aux nouvelles règles de l’écosystème de l’information, et à l’adoption massive de nouveaux usages.
Ceux qui ont un message à faire passer n’auront bientôt aucun intérêt à s’exprimer dans ces prisons à retardement. Et l’audience, de son côté, se reportera davantage encore sur les nouveaux médias par effet d’aubaine (les annonceurs aussi d’ailleurs).
Les vieux médias montrent ainsi leur refus de jouer dans l’arène des nouveaux médias : ils bottent en touche plutôt que de se jeter dans la mêlée. Tant pis pour eux. De toute façon l’herbe est plus verte ici, et ce ne sont pas les partenaires de jeu qui manquent
.
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Crédit photo : amandabhslater
A lire ailleurs : Les Paywalls n’ont aucune chance : explication n°876 – Owni
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Oui, je crois que ton point de vue est orthodoxe (Jarvis). Mais je nuancerai: le paiement peut concerner une petite frange de lecteurs (1 à 2%) qui bénéficieront d’un service premium. Pour les autres, l’accès reste gratuit. Sinon, comme tu l’as dit, le médias s’enterre lui-même, car il ne rayonne plus grâce au partage.
Merci Eric pour ton commentaire.
C’est vrai que mon article ne rentre pas dans les détails de ce que pourrait être l’offre payante du NYT. Il se peut qu’un système hybride arrive à s’insérer dans l’écosystème tout en s’assurant des bénéfices sur une faible partie du contenu, ou sur des services d’accès privilégiés.
Mais il me semblait quand même important de préciser ces quelques points en partant de mon expérience personnelle (histoire de montrer que ce n’est pas que de la théorie jarvisienne
).
Salut Stan,
Quand tu parles de l’info non partageable qui n’a pas de valeur je ne suis pas tout à fait d’accord.
Mes copains passent beaucoup de temps à parler de foot avec moi alors que je ne regarde pas les ralentis du penalty. Ils peuvent s’extasier ensemble de quelque chose qu’ils ont tous vu. Si je m’incruste dans la conversation, ils savent qu’ils doivent s’adapter pour me transmettre l’essence et l’ambiance du match, tout en trouvant du plaisir entre eux à échanger.
La façon dont ils parlent et les sujets changeront, plutôt que de m’envoyer à la source: le VOD du match ou autre, ils peuvent me faire une synthèse, m’expliquer leurs émotions sur le moment, ou niveau stratégique ce qui les a fait vibré.
On n’est plus dans un partage, on est alors dans une sorte de transmission, où j’ai raté le match (volontairement ou non) et je leur fais confiance, et eux sont le filtre qui fait que j’évite 2×45 minutes pour avoir en 10 minutes les points clés et les moments forts.
En mettant un mur (chose que je n’approuve pas), le NYT cherche à capturer une audience pour atteindre la rentabilité financière. Bien, ils tentent leur chance.
Pas de partage= pas de valeur
hmmm, pas sûr. Ils le partagent, avec un coût à l’entrée. Donc valeur à la lecture et valeur monétaire. Pas de valeur pour toi, je l’entends: pour toi qui fait beaucoup de link et de veille de sélection de liens, effectivement, ça te coupe.
Par ailleurs si tu prends l’abonnement, paye pour leurs contenus et fais des notes de synthèses, résumés, transmissions de l’essentiel de ce qui se passe là bas, tu permets de faire les fuites dans le mur: pour une personne qui paye et retranscris le must read du NYT, plein d’autres peuvent en bénéficier. Je ne dis pas que c’est ce qu’il faut faire, mais c’est une possibilité pour ouvrir le mur, ou le contourner en respectant sa légitimité.
A l’heure de l’abondance, je n’ai pas le temps de lire le NYT, et peu envie de le payer, mais pourquoi pas payer pour une sélection de l’info pertinente par rapport à mes 3 mots clés à quelqu’un en qui j’ai confiance. économie de l’attention: la bonne info, la bonne sélection, quelqu’un de confiance. Ca a beaucoup de valeur à mes yeux. Comme le résumé fait par mes copains de l’essentiel du match de foot pour moi.
@zoupic
Merci pour ce commentaire très intéressant.
Il est vrai que l’absence de valeur n’est qu’à mes yeux, en fonction de mon usage d’internet. Il n’est peut être pas valable pour tous. C’est vrai aussique dans une économie d’abondance, la valeur se déplace vers l’accès, et non le contenu. Je suis donc d’accord avec toi quand tu penses qu’il y a de la valeur à vendre des résumés du best of NYT etc. C’est évident qu’il y a là de la valeur, de même qu’il y a de la valeur chez le blogueur qui commente l’actu, fait des liens etc…
Sauf que le contenu du blogueur reste par essence gratuit. Et c’est là que je se positionne ma critique des paywalls. C’est bien l’accès, et non le contenu qui peuvent être payants. C’est l’application iphone, une sélection personnalisée des contenus, etc etc. Mais le contenu doit rester accessible -gratuitement- par d’autres moyens.
Lorsque du tu dis que les blogueurs (ou tes potes au bar) peuvent te faire un résumé qualitatif, je dis oui. Mais ce qui me gêne c’est que cela n’est peut être pas très efficace alors qu’il est si facile de renvoyer vers la source. (« do what you do the best and link to the rest »). Enfin ça dépend bien sûr des cas…
PS : Fais gaffe, tes potes de foot vont te demander la tournée la prochaine fois
Et je leur paierai avec plaisir si tant est que les résumés de foot m’intéressent
Je pense que la valeur est dans le contenu ET dans l’accès, mais que notre valorisation/perception/mesure de celle-ci varie car par évolution le contenu est devenu abondant, donc si un blogueur meurt, il reste quand même une panacée d’alternatives gratuites.
Ton contenu a de la valeur, malgré le fait qu’il soit gratuit. Nous sommes juste pas très doués pour le mesurer et le représenter autrement que par des pages vues et clics pour l’instant. Ca viendra
Tu dis le contenu est par essence gratuit: si tu poses un mur tu le rends payant. Donc ce n’est pas par essence mais par choix. Par essence et par développement il est abondant et peu coûteux. Le prix et l’ouverture de ce contenu est une question de choix en fonction du business model et des intentions de rentabilité / durabilité par rapport aux investissements réalisés.
De ce côté là le paywall m’apparaît comme une solution de repli défensive d’une cellule qui se refermerait sur elle même au lieu de s’adapter au milieu. Au lieu de muter et de tenter de s’adapter, elle se protège et mourra probablement dans son siège autoproclamé. Si son écosystème est assez alimenté et permet de se nourrir en position de repli, alors elle vivotera à petite échelle. Ca devient comme un club VIP. Tant pis pour nous. Réjouissons nous de l’océan qui s’offre à nous..
Le temps nous dira le reste..