L’absentéisme des députés : ce que montre nosdéputés.fr
Il y a quelques semaines, le collectif Regards Citoyens publiait une étude sur l’assiduité des députés aux commissions parlementaires. Le rapport annonçait ainsi que 41 députés seraient susceptibles de se voir infliger un retrait de 353 € sur leurs indemnités parlementaires, en conformité avec un récent amendement du règlement de l’Assemblée Nationale. Ce chiffre fut ensuite ramené à 11 pour des raisons quelque peu boiteuses.
Quoi qu’il en soit, il est inacceptable que nos députés ne tiennent pas les responsabilités qui leur incombent. Et de fait, il est important de s’intéresser aux raisons pouvant expliquer cet absentéisme.
Justifications bidons ?
Cette étude a reçu un écho non négligeable dans les médias traditionnels, donnant ainsi l’occasion à plusieurs députés de justifier leurs absences. Ces justifications ne sont pas inintéressantes. Extraits choisis :
- Lucien Degauchy, député UMP de L’Oise (lu sur Le Parisien) :
Eh bien ! s’ils trouvent que je ne fais pas mon boulot, qu’ils viennent donc me voir. Je peux le prouver, je travaille chaque jour, week-ends compris, de 7 heures du matin à minuit (…) C’est simple, je suis membre de deux commissions, les Affaires européennes et le Développement durable et l’Aménagement du territoire. Or leurs réunions se passent souvent à la même heure. Je ne peux donc être aux deux en même temps. Ce qui explique ces absences. Mais je fais mon travail de député du matin au soir. D’ailleurs, si je ne le faisais pas, je n’aurais pas été réélu au premier tour en 2007 avec 55,45 % alors qu’il y avait 15 candidats !
- Guillaume Garot, député-maire socialiste de Laval (lu chez Ouest-France) :
Au cours du dernier trimestre, ils ont calculé ma présence en commission uniquement pour le mois de novembre. Or, c’est le mois où j’ai été le moins présent. Tout simplement parce que les réunions de commission qui se tiennent traditionnellement le mercredi matin ou le mardi soir ont été déplacées à une autre journée. Or j’avais pris des engagements. En octobre et en décembre, j’ai presque été présent à toutes les commissions.
- Jean-Pierre Abelin, député-maire de Chatellerault (lu sur La Nouvelle République) :
Très sincèrement, à choisir entre un rendez-vous pour faciliter la venue d’une entreprise et une réunion en commission parlementaire, je n’ai aucun état d’âme : je continuerai de choisir l’entreprise et l’emploi !
- Bernard Depierre, député UMP des Côtes d’Or (lu chez Dijon Scope) :
Outre les nombreux rapports que j’ai pu remettre au gouvernement sur l’industrie automobile, les installations sportives couvertes ou la souffrance au travail, chaque semaine je visite au moins 3 entreprises dans ma circonscription et suis présent dans 15 à 20 manifestations. J’ai également mis en place un pôle réactif pour l’emploi où j’agis en tant qu’intermédiaire. Mais toutes ces actions ne sont pas évoquées sur ce site Internet
- Claude Darciaux, député des Côtes d’Or (toujours chez Dijon Scope)
Quand des étudiants un peu remontés m’ont dit que les députés dormaient et ne faisaient rien, je leur ai proposé de me suivre 48 heures dans ma vie de parlementaire. Dès le deuxième jour, c’est eux qui me demandaient grâce et préféraient rester se reposer au bureau.
Pas qu’un problème de faignasses
On peut toujours douter du bien-fondé de ces justifications, mais toujours est-il que je ne crois pas à la thèse de la fainéantise, et pour cause : parmi les 42 députés absentéistes mentionnés par l’étude, 81%¹ cumulent leur mandat de député avec un mandat de maire, de président de conseil régional, ou autre !
Non franchement, je comprends que ces gens puissent être bien occupés. J’ai déjà du mal à trouver le temps de bloguer, heureusement que je ne cumule pas 2 emplois !
Il faut donc remettre les choses dans leur contexte. En fait, cette étude montre avant tout les limites du système parlementaire actuel. Système dans lequel il est permis d’occuper plusieurs fonctions à la fois. Système dans lequel toutes les responsabilités reposent uniquement sur une troupe débordée d’happy few. Système qu’il faut donc réformer rapidement.
Laissez-nous vous aider !
Le système parlementaire traditionnel était un bon compromis dans l’ancien monde, car n’importe qui n’était pas capable intellectuellement d’occuper de tels postes à responsabilités. De fait, la population n’était pas aussi bien formée que maintenant.
D’autre part, l’absence de moyens de communications tels que nous les connaissons aujourd’hui nous obligeait à réduire le nombre de participants à un nombre raisonnable afin d’optimiser la richesse des échanges. Et surtout, le nombre de participants était limité par les contraintes physiques du palais Bourbon : les 577 sièges de l’Assemblée).
Ce temps-là est terminé.
Aujourd’hui les jeunes de ma génération et d’avant sont bien souvent « trop formés » (si cela est possible). Le problème du chômage le montre : il y a un décalage entre le besoin de main d’oeuvre qualifiée et celle effectivement présente sur le marché du travail.
De plus aujourd’hui les TIC et notamment internet permettent à tout le monde, de faire profiter aux autres de leurs compétences, connaissances, idées, cela très facilement. A condition bien sûr d’utiliser les bons outils pour limiter le brouhaha et générer de l’intelligence collective.
Amis députés, vous voilà over-bookés ? Laissez-nous donc vous aider ! En avant les wikis, en avant les forums, crowdsourçons le travail parlementaire ! Ou dit autrement : renforçons notre démocratie.
Changer de règles ou de jeu ?
Ce que montre nosdeputés.fr, c’est qu’il est vain de critiquer des pions. C’est le jeu qui a mal tourné. Changeons donc plutôt les règles, et si cela ne suffit pas, alors changeons de jeu !
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Crédit photo : Ran Z
Notes :
1. Statistique obtenue par mes propres travaux de recherche. Par ici pour les détails.
2. Tiens, Regards Citoyens propose aussi une initiative constructive allant dans le sens de mon article.
3. A lire chez InternetActu : E-Gov vs. We-Gov : collaboration ou conflit ?
4. A lire aussi sur ce blog : Créateurs de Possibles et logique de partis : contradictoires ?




Merci pour cet article ^^
Excellent article.
Il se trouve que Lucien Degauchy est le député UMP de la 5e circonscription de l’Oise dont dépend Crépy-en-Valois où j’habite. Qu’il se fasse épingler parce qu’il est absent des séances parlementaires ou parce qu’il est toujours à côté de la plaque (il n’a toujours pas compris ce que sont les fonctions de député) ou bien encore parce qu’il brasse de l’air comme les éoliennes, je ne suis pas étonnée. Ah il est partout le Lulu dénommé ainsi par les habitants du coin et la grande gueule par ses potes de l’Assemblée ! Partout dans la circonscription avec sa bagnole qui émet plein de CO² et son appareil photo dont on ne voit jamais les photos. J’ai largement écrit sur le cas Lulu sur le blog dédié à Crépy-en-Valois.
Merci, Stan, de votre article bien argumenté et agréable à lire : le style, c’est important, n’est-ce pas ?
Merci pour ce commentaire qui vient à point illustrer mon propos…
Mais j’insiste sur ma conclusion : inutile d’essayer d’abattre les pions, il est plus agile d’agir sur le système.
Les hommes politiques agissent en fonction. Par exemple, si il est prouvé que les descentes « sur le terrain » type tournée de pincées de mains sur les marchés locaux sont inutiles politiquement (le nombre de voix gagné n’est pas significatif), il leur serait en revanche reproché de ne pas le faire… !
De multiples aspects de notre système favorisent la démagogie et l’inefficacité….
OK OK. Mais en tant que scientifique, il me manque une précision sur la stat de « 81% des députés absentéistes cumulent un second mandat ». Pour que ce chiffre soit éloquent ou non, il faut connaître la proportion de cumul pour les députés qui pourtant arrivent à être présents, non ?
Ouups, je viens de voir ce commentaire… 2 mois plus tard, il était temps !
Je n’ai en effet pas ce chiffre et je reconnais également que ma pseudo étude est beaucoup trop concise.
C’etait avec le recul un peu un prétexte pour rappeler 2 – 3 trucs qui me dérangent un peu en politique, il y aurait encore beaucoup d’autres choses à dire…