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A l’attention de ceux qui ont peur de la révolution en marche

2010 juin 1

J’écris cet article avec la lassitude de voir toujours autant de personnes ignorer la transition sociétale que nous sommes en train de vivre (le numérique n’en étant qu’une surface visible). Qu’on me pardonne par avance l’aspect moralisateur de ce billet d’humeur. C’est souvent la limite de l’exercice qui a néanmoins le mérite d’être totalement assumée.

CC Hrick "Roll the Dices"

Resistance au changement

Il a toujours été plus facile de rester campé sur ses positions, cela permet de s’éviter des réflexions vertigineuses qui nécessiteraient de remettre en question ses actes et ses certitudes…

L’Homme est par nature réticent au changement. La dissonance cognitive est une réaction psychique qui nous affecte tous : face à des éléments qui remettent en cause nos acquis, nous avons naturellement tendance à déployer des processus inconscients qui nous amènent à ignorer, à minimiser, voire à combattre la réalité qui s’impose pourtant à nos yeux.

Cela me fait penser à cette célèbre citation de Ghandi :

First they ignore you, then they laugh at you, then they fight you, then you win.

Néanmoins, cette tendance humaine à fuir ce qui nous gêne n’est pas une fatalité. Depuis maintenant près de 2 ans, j’ai eu la chance d’avoir pu, au hasard de mes lectures et de mes rencontres, mettre mes certitudes en confrontation avec différents signaux remettant en cause ma perception du monde. Et je suis loin de le regretter.

Sortir de la caverne de ses certitudes

Illustrant parfaitement le phénomène de dissonnance cognitive, je remarque que ceux qui craignent internet en viennent dans leur raisonnement à idéaliser l’ancien paradigme. Mais réfléchissons un peu.

Notre monde est-il si beau pour qu’il ne faille rien y changer ? Ce qu’on m’a appris à l’école n’est-il pas empreint d’un certain contexte ? Le monde tel qu’on le conceptualise n’est-il pas biaisé par le prisme des médias ? Le monde merveilleux des maisons de disques était-il vraiment le meilleur pour les artistes ? Voilà quelques exemples de vraies questions qu’il convient de se poser.

Avons-nous tellement baigné dans l’ancien système que nous en ayons bu la tasse ? Sommes-nous ivres de cette boisson abjecte à tel point que nous nous en complaisons ? Parce que ce système capitaliste non libéral est la norme, faut-il en accepter les contradictions, les injustices et les règles pourtant déréglées ? Faut-il vraiment s’évertuer à défendre ce système ?

On ne peut sortir de la caverne qu’en décrochant les chaines qui nous y lient. Une fois ces questions posées, alors la grande exploration commence…

Bien sûr, je ne dis pas qu’il faille accepter sans réfléchir les utopies les plus délirantes! Mais accepter de les étudier, c’est déjà accepter que d’autres modèles soient envisageables.

Se jeter à l’eau

Internet est aujourd’hui le plus grand bassin de nouvelles idées (le Zeitgeist diraient certains). Pourquoi résister à la tentation d’y piquer une tête ?

Je suis à chaque fois effaré de voir des politiques vouloir réglementer internet alors qu’ils ne savent pas de quoi il parlent, puisqu’ils n’y existent bien souvent que par l’intermédiaire de leurs conseillers en communication (c’est dire leur implication).

Comprendre internet nécessite d’y vivre. Et je dirais même plus : y habiter. Les sites « vitrine » ou profils inactifs sur internet sont à l’image des statues de bronze sur les places publiques : jolies, mais inutiles.

Vivre sur internet, c’est lire, écrire, partager, échanger, discuter. Rien de moins.

Les erreurs

La crainte de faire des erreurs « parce qu’on y connait rien » ne peut pas être une excuse. Les erreurs font partie de la vie, nous en faisons tous et tous les jours. Si la crainte de tomber justifiait de ne pas apprendre à marcher, alors nous marcherions tous à 4 pattes… Mais parce que savoir marcher est indispensable en société, nous avons tous choisi de relever le défi de nous dresser sur nos 2 pieds. Et ce n’est pas quelques bleus qui nous le font regretter aujourd’hui.

Nos erreurs nous permettent justement d’apprendre. Elles nous font avancer. Ceux qui ne sont pas sur internet ne peuvent dès lors pas le comprendre car ils n’y font pas d’erreurs.

Les absents ont toujours tort…

Bien sur, internet ne va pas tout résoudre. Il va même certainement créer d’autres problèmes. En fait, Internet n’est à peine qu’un fossoyeur du monde moisi. Avant de construire bisounoursland, commençons par déconstruire l’échafaud et enlevons nous la corde du cou. Respirons un peu.

Pour le reste, Internet n’est qu’un nouvel espace public, un lien entre les hommes. Dès lors, internet ne sera que ce que nous choisissons d’en faire. D’où l’importance de le façonner ensemble… En fait, le risque majeur est probablement que les internetophobes bien-pensants ne soient justement pas de la partie, laissant ainsi à d’autres le soin d’écrire l’histoire pour eux… Mais il sera probablement trop tard pour se plaindre lorsqu’ils s’en rendront compte. La révolution numérique ne les attendra pas.

Gagnant ou perdant, si vous le pouvez encore, choisissez votre camp.

– — –

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9 Responses leave one →
  1. juin 1, 2010

    Ce qu’on nous a appris à l’école (puisque nous étudions dans la même Ecole), Stan, est certainement « empreint d’un certain contexte », comme tu dis. Quand tu demandes « Faut-il vraiment s’évertuer à défendre ce système ? », je trouve la question mal posée… Il faut souvent jouer selon ses règles du jeu du système pour changer les choses ; Alter Eco a démocratisé le commerce équitable en allant titiller la grande distribution dans ses linéaires !
    Ton billet me fait penser à une conversation que j’ai eu hier avec mes parents. Il y a les progressistes, comme toi, qui sont pro-actifs dans le changement ; il y a les pragmatiques/opportunistes comme moi qui l’observent et l’embrassent quand ils y voient les avantages ; puis il y a des idéalistes comme mes parents, dubitatifs quant au changement et remettant en cause quasi-systématiquement le progrès.
    Et bien tous les trois sont nécessaires pour une société équilibrée, non ?

  2. Clément permalink
    juin 1, 2010

    J’approuve le camarade La Rothasse du mouvement révolutionnaire de Redon!!

    Alala j’ai envie de pleurer…C’est beau le changement. Mais de quel changement parle-t-on? Et que met on sous l’expression absconse « l’ancien paradigme »? A chaque fois, tu schématises beaucoup trop. La société est en perpétuel changement, et il n’y a jamais une situation que tu puisses clairement séparer en un » ancien » et un « nouveau »!

    Parce que si tu propose un « changement », tout le monde va te suivre car les gens adorent le changement (tous les candidats à la présidentielle proclament qu’ils vont « changer les choses », aucun n’a jamais dit, « je vais faire pareil qu’avant »). Le changement a un grand attrait par rapport à l’ancien.

    Donc tout le monde est d’accord pour changer, mais pour aller vers quoi? C’est là que tu dois préciser, mais en précisant, tu vas sélectionner certaines options et en rejeter d’autres, et c’est là que tu perdras l’unanimité mon bon stan. C’est comme quand tu me dis « il faut changer le système monétaire », en balançant plein d’articles qui veulent changer les choses. Mais le problème, c’est qu’il n’y a pas deux personnes qui proposent la même chose.

    Tu dis que les gens s’obstine bêtement à soutenir un ancien système, mais c’est sans doute parce qu’il ne savent que trop bien vers quoi on peut aller en voulant changer à tout prix: La France est le pays qui a la meilleure qualité de vie au monde! Alors évidemment, nous avons beaucoup plus à perdre qu’à y gagner dans l’ensemble à tout changer, réfléchis à ça!

    Je trouve aussi que tu es trop partial et que ton point de vue est trop autocentré: comment ne peux tu pas comprendre que des gens qui ont un certain âge et qui ne sont pas né avec internet ne le comprennent pas?

    Au lieu d’essayer d’adopter leur point de vue, on a l’impression que méprises ces ignorants en les traitant de perdants! La société évoluera surement avec Internet, mais elle a besoin de temps, sans pour autant mettre à la poubelle ceux que tu mets sans aucune distinction dans le sac des « internetophobes ».

    Je suis sûr que les étudiants de 68 adoraient balancer à leur parents que le phénomène de dissonance cognitive les entrainais dans un conservatisme ridicule. Mais maintenant, même Cohn Bendit admet qu’il est heureux que les manifestants ne 68 n’aient pas réussi à transformer des émeutes en révolution. Alors au lieu de balancer le bébé avec l’eau du bain en secouant la tête « ah il est de l’ancien monde, il ne peut pas comprendre », essaye aussi de te mettre à la place des autres, de ceux qui ont beaucoup à perdre, qui savent la chance qu’on a de vivre dans cet « ancien système tout moisi »!!

    La comparaison avec Gandhi me parait un peu grosse. Gandhi était un homme qui se battait pour l’indépendance de son pays, et pas pour l’anarchisme!

    Alors les vraies questions selon moi sont plutôt:

    1) Quelles sont objectivement les carences de la société française?

    2) Vers quel type de société je veux m’orienter? Quels sont les dangers des changements que je propose? Face à la mondialisation qui met les pays en compétition? Face à un monde de plus en plus instable et dangereux? Dans un contexte économique morne?

    3) Comment s’orienter vers cette société là?? Quelle est la place d’internet dans une société plus moderne? En quoi Internet permet il de réduire les inégalités et fractures sociales?

    C’est à mon sens comme ça que devrait être construit le projet de société jourdaniste: Il doit à la fois être adapté au pays et à son histoire, au contexte (culturel, démographique, économique), et à la situation du monde!

  3. juin 1, 2010

    @Clément : ta réaction est au moins aussi excessive que mon billet (« d’humeur » je le rappelle!!). Tu exagère vraiment mes propos, à tel point que je n’ai pas envie (ni le temps de toute façon) de reprendre dans les détails.

    Mais pour faire bref : je ne suis pas dupe ni complètement naif. Je sais très bien que tout ne changera pas du jour au lendemain. Mais je suis exaspéré d’entendre de mauvais arguments contre de bonnes idées. Et exaspéré d’essuyer des levées de boucliers dès qu’une idée sort un peu des sentiers battus du XXeme siècle. Voilà tout.

    Pour le reste, Yannig ajoute une bonne dose de bon sens à cette réflexion. Il y aura toujours des visionnaires, des suiveurs, des retardataires… Des activistes qui inflitrent le système pour l’infléchir, et d’autres qui agissent en dehors. Je me sens incapable d’opter pour la première stratégie car j’aurais trop peur que le système me pervertisse. Mais cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas des 2.

    Enfin, je suis obligé de t’accorder Clément que mon billet ne propose rien du tout, car ce n’était pas son but !!! Mais tu me propose un cahier des charges intéressant pour un prochain article. Merci pour ça.

  4. Clément permalink
    juin 1, 2010

    Pas de quoi!

    Mais il faut bien que je joue mon rôle de méchant réactionnaire, qui est évidemment plus facile que celui de visionnaire…!

  5. juin 1, 2010

    c’est un rôle méchant mais néanmoins très gentil puisque tu m’aides au final :)

    C’est beau le 2.0 :D

  6. juin 2, 2010

    Merci beaucoup Stan pour ce billet… d’humeur ! ;)

    Surtout ne te bride pas car je pense que ta voix, même si certains la considèrent excessive, est là pour nous réveiller, nous secouer et nous rappeler de ne pas nous contenter du status quo. Alors, continue tes belles envolées, il y a des pépites là-dedans !

  7. juin 14, 2010

    Internet est un lien entre les hommes. L’unicité bien pensante d’un monde virtuel rentre en contradiction avec le monde chaotique et bien réel. A moins d’y voir un paradigme salutaire des deux mondes, n’ayons point peur du voyage vers le futur.

  8. juin 21, 2010

    Ta révolution j’espere qu’elle sera moins sanglante que celle de 1789 :)

  9. juin 22, 2010

    @Gangan

    Je ne crois pas avoir fait allusion à aucune violence dans cet article ;-) La révolution que nous vivons est avant tout technologique, même si elle va provoquer d’autres (r)évolutions sociétales…

    Néanmoins le risque de tomber dans les travers de la révolution sanglante n’est pas exclu (malheureusement). Si le système ne se reforme pas assez vite, je ne doute pas qu’une partie de la population en viendra aux mains. Mais nous avons encore le choix d’éviter cette confrontation. En fait la balle est surtout dans le camp de ceux qui tiennent les rennes du pouvoir officiel : vont-ils accepter de remettre en cause leurs acquis ? Ou les défendront-ils jusqu’au bout ?

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