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Propriété privée, monnaie, et libéralisme

2011 septembre 8
moneyy

Stéphane Laborde vient d’écrire un article très important et sur lequel je suis totalement en phase. Cet article est majeur car il tente de régler un différend latent entre les libéraux jusnaturalistes (qui considère le droit naturel plus puissant que tout) et d’autres courants de libéraux, les géolibertariens, les libéraux de gauche, dont je suis plus proche personnellement.

Je cite Stéphane :

Le libéralisme de gauche pose comme principe fondateur, comme axiome, ni le droit naturel, ni l’existence ou l’absence d’État ni l’autoritarisme, mais les libertés. Conformément au fondement du libéralisme liberté signifie non-nuisance. Aussi si droit il y a il doit être librement établi et donc modifiable par les individus par des moyens acceptables (exemple : pouvoir modifier la Constitution par une initiative démocratique), si État il y a, il doit respecter les individus avant toute chose et ne doit en avantager ou désavantager aucun à commencer par ceux qui travaillent pour lui, donc appliquer un principe général de symétrie envers tous, permettre par exemple la subsidiarité etc… Si autoritarisme il y a ce ne peut être que pour s’assurer de la défense des droits de tous etc…

Cela rejoint exactement ce que je disais dans un de mes derniers articles : le libéralisme se définit d’abord et avant tout par la conviction que les libertés individuelles – dont les limites sont définies par la non-nuisance au droit d’autrui.

Quant à la propriété privée, elle est certes nécessaire pour mieux allouer les richesses, et car elle permet aux individus d’accéder au confort et à la sécurité, mais elle ne devrait jamais être supérieure à la Liberté. En effet, la seule liberté, définie comme non nuisance, implique que tout droit est amené à évoluer pour respecter les évolutions de la société et les droits des générations suivantes. De sorte que la propriété privée ainsi unilatéralement définie comme absolue n’est pas conforme au libéralisme.

On trouve ici tout le sens de la Théorie Relative de la Monnaie écrite par Stéphane. La monnaie, pour autant qu’elle est définie comme «  un accord au sein d’une communauté pour utiliser quelque chose comme moyen d’échange » (définition de Lietaer), ne peut en aucun cas faire l’objet d’une monopolisation par quelques personnes.

Pour le dire simplement : quant bien même il existe un droit de propriété inaliénable sur la monnaie, une masse monétaire contrôlée ou possédée à 90% par une poignée banques et quelques autres oligarques n’est pas viable, et va à l’encontre des droits des citoyens à utiliser l’outil monétaire.

Mais les Libéraux « classiques » refusent de considérer ceci comme un problème, soit car l’absence de l’Etat et la concurrence permettrait hypothétiquement de tout régler, soit parce qu’il est juste tout à fait normal la réussite de certains entraine une certaine soumission des autres… De manière plus compréhensible, les libéraux se méfient car la réponse traditionnelle au problème posé consiste à recourir à l’impôt étatique (voire la planche à billet) dont l’utilisation est non seulement plus que très incertainement bénéfique à la société, mais nuit également aux libertés individuelles. Ce sur quoi ils ont raison.

Mais c’est justement là où la démarche de Stéphane apporte un saut qualitatif dans la solution proposée dont il faut avoir conscience.

Une alternative : le dividende universel monétaire

Ce que propose Stéphane, c’est la mise en place d’une monnaie en perpétuelle dévaluation, grâce à un flux de création monétaire constant distribué sous la forme d’un dividende universel (un revenu universel à chaque citoyen). La détermination du taux de création monétaire devant être calculé selon l’espérance de vie de manière à trouver le bon équilibre entre la fonction de « réserve de valeur » de la monnaie, et le respect des générations futures de participer à l’économie via l’outil monétaire sans que celle-ci ne soit monopolisée.

Cette solution a le mérite de créer un système de distribution de monnaie nouvelle, de manière transparente et égalitaire pour tous bien plus pertinente et efficace que le système redistributif actuel. En effet, le dividende universel permet de passer outre la logique classique d’imposition, puisque la contrepartie du dividende universel est plutôt une certaine inflation (mécanisme égalitaire et infraudable), permettant ainsi d’envisager un retrait progressif de l’État là où il n’est aujourd’hui ni efficace, ni bénéfique.

C’est ainsi le seul moyen de trouver un point d’équilibre entre la nécessité de laisser un peu de place dans le champ monétaire aux nouveaux entrants, et le respect de la propriété monétaire, condition nécessaire de la rémunération du mérite et des libertés individuelles.

Et vous ?

Nous avons le choix : regarder le monde s’effondrer, l’euro éclater, les banques péricliter et le système monétaire exploser, et en conclure qu’il faut revenir en arrière, c’est à dire redonner la planche à billet aux politiciens pour les uns ; réclamer le retour de l’étalon-or pour d’autres; ou enfin « taxer les riches »… Nous pouvons aussi foncer dans le tas et créer des monnaies anti-banques et gouvernements comme Bitcoin, qui derrière leur façade « sexy », ne font que perpétuer la pyramide monétaire. Enfin, nous pouvons aussi ne rien faire, quitter le navire ou attendre que cela se passe, laissant ainsi aux gouvernements irresponsables le soin d’étouffer les citoyens pour rembourser une dette illégitime.

Ou sinon, nous pouvons aussi réfléchir posément, et essayer de construire un système qui prend acte de la faillite du système, mais qui tire aussi les conclusions des erreurs et des échecs du passé, et chercher des réponses véritablement innovantes, pérennes et qui servent les intérêts de tous.

C’est la démarche de Stéphane (et de quelques autres). Et c’est pourquoi il faut le lire.


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10 Responses leave one →
  1. septembre 8, 2011

    Mon seul problème avec ces articles est l’utilisation de l’expression «libéralisme de gauche», ne pouvons-nous pas trouver un nom précis pour cette idéologie ?

  2. stqn permalink
    septembre 8, 2011

    Merci beaucoup pour le petit paragraphe décrivant le dividende universel de Stéphane Laborde… Ça fait de nombreux mois que je lis son blog mais je n’avais pas compris ce que tu as expliqué en quelques lignes.

  3. septembre 8, 2011

    @Changaco : vaste débat !!! Quelles autres termes proposes-tu ?

    @stqn : ahah c’est vrai que Stéphane est un peu impénétrable au premier abord… mais sa logique est impeccable et imparable. Après, comme j’ai eu l’opportunité de le rencontrer plusieurs fois, ça aide à piger :)

  4. septembre 8, 2011

    excellent :)

  5. septembre 9, 2011

    @Stan:
    Vaste débat en effet, celui des clivages. Pourquoi pas « classique » ou « fondamental » ? Il me semble que nous défendons le sens premier (d’où « classique ») de « libéralisme », avant qu’il soit détourné par tous les mouvements qui ne posent pas la liberté comme principe fondateur (d’où « fondamental »).

  6. Pepito Well permalink
    septembre 15, 2011

    @Stan

    Moi je suis Renardo libertaire à ascendance bourguignonne, mais c’est dur à expliquer.
    Par contre je suis pour que tout le monde parce qu’il est et parce qu’il ne doit pas être plus favorisé qu’un autre à être touche un dividende universelle. Ensuite on ‘arrangera et si au final ça fait de nous des libertario-hippistes ou d’horribles fasco-nihilistes et bien tant pis.
    Pourquoi toujours se besoin d’aller chercher super loin des termes à la con. Geolibertarianien.
    J’ai l’impression de parler avec des religieux quand je vous lie.

    Faisons un point qu’est que nous ne voulons pas:
    -l’exploitation de l’homme par l’homme
    -l’exploitation de la Terre par l’homme (ou tout juste dans la mesure où elle puisse se renouveler)
    -l’autorité d’un État qui est nécessairement autoritaire

    Et sur ce que nous voulons
    -Que tout le monde participe à la création monétaire via un dividende
    -Que nous puissions nous mêmes écrire notre constitution
    -Que nos représentants soient des représentants et pas des gouvernants
    -Qu’on me laisse cultiver mon jardin tranquille.

    Mis à part ça et si je cherche à aller plus loin ça me fait penser au front du peuple judéen qui ne supporte pas le front du peuple de Judée dans « La vie de Brian ».

    Il ne faut pas oublier que nous sommes une MINORITÉ, alors n’allons pas nous diviser encore plus alors que déjà notre voix ne se fait jamais entendre sur les ondes.

    Partons des idées et montrons que quelque soit nos partis pris politiques ça colle (comme tu l’avais fait dans un précédent post). Et puis si tu arrives face à un profane et que tu lui dis que tu es un libéral de gauche géocentrique ou eliolibertarien centriste ça sera du pareil au même pour lui.

    Enfin bref, je suis un peu dur, et pourtant je te suis encore une fois, Stan. Mais le début de ton post me donne de l’urticaire en trois lignes. Ce n’est pas en redéfinissant le libéralisme qu’on fera comprendre aux libéraux actuelles qu’ils se plantent et que leur Libéralisme n’a pour but que de libérer les plus puissants et non plus de protéger les libertés individuelles.

    Alors soyons anarchistes mais que nos différents ne nous rendent pas anarchiques.

    Mais puisqu’on en parle moi je suis anarcho-syndicaliste… pas de bol, hein? ;-)

    Allez bonne nuit

  7. septembre 17, 2011

    Si l’on discute avec un libertarien et que l’on aborde le rôle de l’Etat même minimaliste réduit à la portion congrue (police, justice, armée) on peut vite se faire taxer de « gauchiste » ou d’ignard ».

    Pourtant, sur le libéralisme économique même avec treès peu de connaissance ou simple observation des faits. Il est aisé de démontrer que dans la majorité des cas, la libéralisation de l’économie (privatisation) d’un pays s’accompagne sytématiquement de la précarisation et de la paupérisation des populations les plus fragiles. Mais ce constat ne décourage pas le libertarien qui n’hésitera pas à répondre dans une logique implacable que l’on ne transige pas avec la liberté, les inégalités sociales sont intrinsèques au capitalisme et elles sont peu importantes dans une économie libre dans la mesure où le sort de tous s’améliore. Donc même s’il y a plus de pauvre et de précarité de l’emploi (intérim, cdd, temps partiel…) dans un monde libéralisé à outrance et bien les pauvres s’enrichissent bien mieux mais moins rapidement que les riches.

    Comment ne pas réagir à de tel idioties inhumaines, purement théoriques, comptable, mercantiles??? ce qui fait que le libéralisme de gauche devient une réponse crédible à ceux qui veulent vraiment la flexibilité de l’économie parce que c’est ce qui permet de produire le plus de richesse et la n »cessité de la garantie d’un filet de protection sociale qu’aucune société civilisée ne remet en cause. On peut donc dire que libéralisme de gauche est le prolongement de la pensée libertarienne dans sa version libérale classique. Le dividende universel devient ainsi la pierre angulaire.

    Le principe d’un dividende universel est tellement évident pour ce qui le comprenne qu’il devient ridicule de compliquer tout cela avec une « théorie relative de la monnaie ». Aussi je tiens une nouvelle foi à préciser à tous sur ce blog que le financement n’est pas un problème, l’argent est dans les caisses des organismes payeurs:

    La Caisse nationale des allocations familiales est au service d’un peu plus de 10 millions d’allocataires pour lesquels elle a versé en 2006, directement ou indirectement, plus de 64 milliards d’euros soit environ 45 milliards en faveur de la famille (prestations familiales et aides au logement) et 19 milliards en direction de la précarité (revenu minimum d’insertion et allocation adulte handicapé)
    Source: http://fr.wikipedia.org/wiki/Caisse_nationale_des_allocations_familiales

    Les dépenses en faveur de l’emploi et du marché du travail, ciblées ou générales, sont estimées au total à 74 milliards d’euros en 2007, soit 3,9 points de PIB. En sus de ces dépenses en faveur de l’emploi et du marché du travail, certaines dépenses sociales (minima sociaux, dont le RMI, principalement) sont à la lisière des politiques de l’emploi. Elles représentent 12,2 Md€ en 2007.
    Source: http://www.travail-emploi-sante.gouv.fr/IMG/pdf/2009-12-52-3.pdf

    Sans compter l’argent de la branche vieillesse et maladie, les fonds de « POLE EMPLOI » et de la « CAF » représentent au total 138 milliards d’euros rien que pour assurer la précarité de l’emploi et la politque familiale cela fait une moyenne de 176 euros par citoyen français, certains diront que cela n’est pas suffisant mais si l’on prend un ménage moyen soit deux parents, trois enfants cela représente 880 euros par mois avec cela il y a vraiment la possibilité de trouvé un toit ou bien de devenir propriétaire cela peut couvrir largement la traite d’un crédit immobilier.

    Abandonnez toutes ces questions techniques sur la monnaie et qui de ces libéraux pense que c’est mieux parce que le monopole et ceci et cela… il y a suffisamment à discuter sur le montant, les conditions voir pourles purs et durs l’inconditionalité… pour ne pas embrouiller les esprits.

    Sur la sémantique de libéralisme de gauche, il existe déjà des modèles sur lesquels il est possible s’appuyer et quel’on regroupe dans le terme générique de la « flexisécurité ». Sinon, cela s’appelle bien souvent du social-libéralisme ou son contraire du libéralisme-social. Dans libéralisme de gauche, il y a ce mot  »gauche’ qui est francement maladroit et rebutera les gens de droite. On ne peut pas plaire à tout le monde mais il s’agit d’être créatif . Essayez « libéralisme solidaire » ou « les progressistes libéraux ». Autre exemple celui du Brésil ou l’on essaie tant bien que mal le princpie de l’allocation universelle grâce à la volonté du Présient Lula la devise de ce pays est « ordem e progresso » traduit en « ordre et progrès », la devise du positivisme fondé par le philosophe français Auguste Comte. Et bien dans cet exemple brésilien, il y a un principe d’union des contraires très intéressant ordre étant une valeur de droite et progrès une valeur de gauche. Enfin bon cela n’a pas grand intérêt hormispour eux qui aime les mots.

  8. septembre 19, 2011

    @Pepito

    Pas grand chose à redire, ton commentaire m’a soufflé ! Tu as bien évidemment raison, il faut dépasser les querelles de clocher et tout ça. :)

    Après l’objet de cet article était d’aller un peu plus loin, car malgré tout le confrontation des concepts théoriques est nécessaire pour se rapprocher de la vérité…

    PS : et moi je suis jourdaniste, et toc !

  9. Pepito Well permalink
    septembre 19, 2011

    @Stan :

    Très fort… vraiment très très fort ce Jourdaniste;-)

    Pour ma part quand je vois ce que sont en train de nous concocter nos chers dirigeants européens avec la Grèce qui ne va pas finir d’en finir, emportant tout sur son passage (et nous par la même occasion), je serai de plus en plus attiré par le Tantpisme ou le Aquoibonisme.

  10. septembre 19, 2011

    @Pepito : ça part contre j’en suis jusque là incapable ! (surement trop jeune, trop con, et un peu obstiné aussi ;-) )

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