L’absentéisme des députés : ce que montre nosdéputés.fr

26 janvier 2010

Il y a quelques semaines, le collectif Regards Citoyens publiait une étude sur l’assiduité des députés aux commissions parlementaires. Le rapport annonçait ainsi que 41 députés seraient susceptibles de se voir infliger un retrait de 353 € sur leurs indemnités parlementaires, en conformité avec un récent amendement du règlement de l’Assemblée Nationale. Ce chiffre fut ensuite ramené à 11 pour des raisons quelque peu boiteuses.

Quoi qu’il en soit, il est inacceptable que nos députés ne tiennent pas les responsabilités qui leur incombent. Et de fait, il est important de s’intéresser aux raisons pouvant expliquer cet absentéisme.

Justifications bidons ?

Cette étude a reçu un écho non négligeable dans les médias traditionnels, donnant ainsi l’occasion à plusieurs députés de justifier leurs absences. Ces justifications ne sont pas inintéressantes. Extraits choisis :

  • Lucien Degauchy, député UMP de L’Oise (lu sur Le Parisien) :

Eh bien ! s’ils trouvent que je ne fais pas mon boulot, qu’ils viennent donc me voir. Je peux le prouver, je travaille chaque jour, week-ends compris, de 7 heures du matin à minuit (…) C’est simple, je suis membre de deux commissions, les Affaires européennes et le Développement durable et l’Aménagement du territoire. Or leurs réunions se passent souvent à la même heure. Je ne peux donc être aux deux en même temps. Ce qui explique ces absences. Mais je fais mon travail de député du matin au soir. D’ailleurs, si je ne le faisais pas, je n’aurais pas été réélu au premier tour en 2007 avec 55,45 % alors qu’il y avait 15 candidats !

  • Guillaume Garot, député-maire socialiste de Laval (lu chez Ouest-France) :

Au cours du dernier trimestre, ils ont calculé ma présence en commission uniquement pour le mois de novembre. Or, c’est le mois où j’ai été le moins présent. Tout simplement parce que les réunions de commission qui se tiennent traditionnellement le mercredi matin ou le mardi soir ont été déplacées à une autre journée. Or j’avais pris des engagements. En octobre et en décembre, j’ai presque été présent à toutes les commissions.

Très sincèrement, à choisir entre un rendez-vous pour faciliter la venue d’une entreprise et une réunion en commission parlementaire, je n’ai aucun état d’âme : je continuerai de choisir l’entreprise et l’emploi !

  • Bernard Depierre, député UMP des Côtes d’Or (lu chez Dijon Scope) :

Outre les nombreux rapports que j’ai pu remettre au gouvernement sur l’industrie automobile, les installations sportives couvertes ou la souffrance au travail, chaque semaine je visite au moins 3 entreprises dans ma circonscription et suis présent dans 15 à 20 manifestations. J’ai également mis en place un pôle réactif pour l’emploi où j’agis en tant qu’intermédiaire. Mais toutes ces actions ne sont pas évoquées sur ce site Internet

  • Claude Darciaux, député des Côtes d’Or (toujours chez Dijon Scope)

Quand des étudiants un peu remontés m’ont dit que les députés dormaient et ne faisaient rien, je leur ai proposé de me suivre 48 heures dans ma vie de parlementaire. Dès le deuxième jour, c’est eux qui me demandaient grâce et préféraient rester se reposer au bureau.

Pas qu’un problème de faignasses

On peut toujours douter du bien-fondé de ces justifications, mais toujours est-il que je ne crois pas à la thèse de la fainéantise, et pour cause : parmi les 42 députés absentéistes mentionnés par l’étude,  81%¹ cumulent leur mandat de député avec un mandat de maire, de président de conseil régional, ou autre !

Non franchement, je comprends que ces gens puissent être bien occupés. J’ai déjà du mal à trouver le temps de bloguer, heureusement que je ne cumule pas 2 emplois !

Il faut donc remettre les choses dans leur contexte. En fait, cette étude montre avant tout les limites du système parlementaire actuel. Système dans lequel il est permis d’occuper plusieurs fonctions à la fois. Système dans lequel toutes les responsabilités reposent uniquement sur une troupe débordée d’happy few. Système qu’il faut donc réformer rapidement.

Laissez-nous vous aider !

Le système parlementaire traditionnel était un bon compromis dans l’ancien monde, car n’importe qui n’était pas capable intellectuellement d’occuper de tels postes à responsabilités. De fait, la population n’était pas aussi bien formée que maintenant.

D’autre part, l’absence de moyens de communications tels que nous les connaissons aujourd’hui nous obligeait à réduire le nombre de participants à un nombre raisonnable afin d’optimiser la richesse des échanges. Et surtout, le nombre de participants était limité par les contraintes physiques du palais Bourbon : les 577 sièges de l’Assemblée).

Ce temps-là est terminé.

Aujourd’hui les jeunes de ma génération et d’avant sont bien souvent « trop formés » (si cela est possible). Le problème du chômage le montre : il y a un décalage entre le besoin de main d’oeuvre qualifiée et celle effectivement présente sur le marché du travail.

De plus aujourd’hui les TIC et notamment internet permettent à tout le monde, de faire profiter aux autres de leurs compétences, connaissances, idées, cela très facilement. A condition bien sûr d’utiliser les bons outils pour limiter le brouhaha et générer de l’intelligence collective.

Amis députés, vous voilà over-bookés ? Laissez-nous donc vous aider ! En avant les wikis, en avant les forums, crowdsourçons le travail parlementaire ! Ou dit autrement : renforçons notre démocratie.

Changer de règles ou de jeu ?

Ce que montre nosdeputés.fr, c’est qu’il est vain de critiquer des pions. C’est le jeu qui a mal tourné. Changeons donc plutôt les règles, et si cela ne suffit pas, alors changeons de jeu !

Chess Mate (cc Ran Z)

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Crédit photo : Ran Z

Notes :

1. Statistique obtenue par mes propres travaux de recherche. Par ici pour les détails.

2. Tiens, Regards Citoyens propose aussi une initiative constructive allant dans le sens de mon article.

3. A lire chez InternetActu : E-Gov vs. We-Gov : collaboration ou conflit ?

4. A lire aussi sur ce blog : Créateurs de Possibles et logique de partis : contradictoires ?

Contenu payant : un hors-jeu dangereux

21 janvier 2010
par Stan

Razor Wire. Fremantle Prison (CC amandabhslater)

J’avais déjà expliqué pourquoi (et un peu comment) je me passais de tout média traditionnel dans ma veille quotidienne (lire : Qui a encore besoin des médias traditionnels ?).

Alors que le New York Times vient d’annoncer qu’il rendrait (une partie) de son site payant, l’heure est donc venue d’expliquer pourquoi je ne paierai jamais pour un site de presse en ligne.

Sommes nous toujours uniquement des lecteurs ?

La principale raison pour laquelle je ne paierai pas est la suivante : je ne suis pas un lecteur… je suis un lecteur 2.0 ! Autrement dit, en plus de lire, je diffuse (liens, articles, commentaires etc…). Détail qui change pas mal de choses, comme nous allons le voir.

Pas de partage, pas de valeur

Ma veille publique (sur twitter, diigo, Google Reader, pearltrees…) ainsi que tous les contenus de ce blog n’ont d’intérêt que parce qu’ils reposent totalement sur d’autres informations disponibles sans aucune contrainte que celle d’oser cliquer. De fait, une information non partageable n’a aucune valeur pour moi. C’est comme discuter du match de foot de la veille avec des gens qui n’ont pas vu le ralenti sur le penalty. C’est non seulement inutile, mais ça peut même devenir énervant…

J’ai d’ailleurs déjà rencontré le problème il y a quelques semaines en rangeant mes bookmarks sur Pearltrees. Je me suis rendu compte que certains articles bookmarkés il y a quelques mois n’étaient plus accessibles gratuitement (notamment des articles du Monde). Ces articles auraient pu être valorisés en étant soigneusement rangés et recommandés par leur présence même dans cette bibliothèque. J’aurais même pu les utiliser pour mes article et ainsi leur apporter du trafic et du backlink. Mais il n’en sera rien : ils sombreront plutôt dans l’oubli total (je les ai supprimés) pendant que d’autres articles similaires rédigés gratuitement par des blogueurs y trouveront leur place…

Contenu vs. conversation ?

Francis Pisani se pose une question intéressante :

En écrivant ces lignes je me demande si – avec un web pas trop différent de celui que nous connaissons – je paierais plus volontiers pour des informations de qualité ou pour des conversations qui valent la peine.

C’est une question pertinente dans le sens où la qualité des conversations est de nature à ajouter de la valeur au contenu en l’enrichissant de diversité d’opinions et de connaissances. C’est ce qui fait d’ailleurs le succès des médias sociaux, et vient contrebalancer la qualité des contenus de certains médias traditionnels.

Mais d’un autre côté, la question me semble absurde dans le sens où je ne me vois pas payer pour avoir accès à des conversations. En effet, la conversation est une valeur qui se libère lorsque l’information d’origine est partagée, c’est à dire lorsqu’elle est gratuite… L’emprisonnement de l’information n’entraine que son dépérissement.

Un hors-jeu… dangereux

Pour conclure, la stratégie du paywall peut certes fonctionner à court-terme (toujours grâce à une poignée de pigeons). Mais elle se heurtera tôt ou tard aux nouvelles règles de l’écosystème de l’information, et à l’adoption massive de nouveaux usages.

Ceux qui ont un message à faire passer n’auront bientôt aucun intérêt à s’exprimer dans ces prisons à retardement. Et l’audience, de son côté, se reportera davantage encore sur les nouveaux médias par effet d’aubaine (les annonceurs aussi d’ailleurs).

Les vieux médias montrent ainsi leur refus de jouer dans l’arène des nouveaux médias : ils bottent en touche plutôt que de se jeter dans la mêlée. Tant pis pour eux. De toute façon l’herbe est plus verte ici, et ce ne sont pas les partenaires de jeu qui manquent ;-) .

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Crédit photo : amandabhslater

A lire ailleurs : Les Paywalls n’ont aucune chance : explication n°876 – Owni

Créateurs de possibles et logique de parti : contradictoires ?

12 janvier 2010

CC kimdokhac

Aux vues des réactions et réflexions suscitées par mon dernier article à propos du nouveau site de l’UMP, il m’est apparu nécessaire de préciser le fond de ma pensée, voire même d’aller un peu plus loin…

Quelques remarques en vrac pour commencer :

  1. Contrairement à ce que certains semblent penser : je ne peut que me réjouir qu’un parti comme l’UMP tente l’aventure du participatif avec Les Créateurs de Possibles, dans la mesure où ce type d’outils sont l’avenir de notre société. Le plus tôt les gens seront formés (ou plutot : se formeront) à les utiliser, le mieux cela sera pour tout le monde.
  2. Je souhaite donc que le site « les créateurs de possibles » soit un succès. Non pas pour l’UMP mais pour les internautes. Cela apporterait la preuve formelle que le collaboratif doit s’insérer dans le politique. De plus, cela donnerait une image plus positive d’internet et des internautes que celle que les médias et les politiques tentent régulièrement de faire transparaitre.
  3. Le reste m’indiffère bien. Je me contrefous que ce soit l’UMP ou Sarko à l’origine de ce site (même si effectivement, je ne le soutiens plus depuis que j’ai compris les déséquilibres profonds qu’il est en train d’agraver). En fait, les partis politiques français en général ne m’intéressent plus : je suis un « a-partide ». Et d’ailleurs, je ne m’en porte pas plus mal. J’ai bien mieux à faire que de m’intéresser à ces vieilles institutions inefficaces, non démocratiques, sclérosées par leurs rivalités internes et l’immobilisme ambiant (j’y reviendrai).
  4. La seule chose qui me gène donc, c’est que ce site est mal fait. Pour l’avoir fouillé davantage ce WE, les boutons sont anti-intuitifs (il faut parfois 3 clics inutiles pour accéder à la page désirée) ; les possibiltés de débattre sont réduites de manière absurdes (1000 caractères maximum – les liens hypertextes ne marchent pas etc). Lire l’article de Versac à ce sujet. Mais surtout, comme je le disais dans mon article, l’aspect communautaire et l’individu sont effacés. De sorte que je prédis – malheureusement – un échec du site, ce qui entrainera les effets contraires à ceux que je souhaite précisés ci-dessus.

Ces mises au point faites, j’en viens au véritable sujet de mon article qui m’est notamment venu grâce à ce commentaire de Claire, qui nous dit :

Si l’opposition vient sur le site, c’est la preuve de sa non capacité à s’organiser et à devoir utiliser les outils du camps d’en face donc à mon sens aucune décrédibilisation de l’UMP mais plutôt des camps d’en face…

En fait, Claire oublie que le site « Les créateurs de possibles » n’est pas le véritable site de l’UMP. Un second site est en préparation pour la communication institutionnelle de l’UMP, alors que Les créateurs de possibles est ouvert à tous (à la différence d’ailleurs du prochain site du PS, la Coopol, davantage destiné à l’organisation interne du parti : un outil pour les militants).


L’utilité du débat hors-parti

Le commentaire de Claire a néanmoins le mérite de soulever une question intéressante (au point que j’en fais un article :) ) : un site destiné au débat, à l’échange d’idées, et à l’action doit-il se renfermer dans la structure d’un parti politique ?

C’est également la question que se pose  Jean-Michel Planche sur son blog :

Je me demande même, si les autres partis ne devraient pas s’associer à la démarche. Est-ce que « les créateurs de possible » ne devraient-ils pas être une démarche nationale, a-politicienne, dans le sens des voeux d’Attali ?

Après tout, qui n’a pas intérêt à échanger avec ses adversaires ? Avoir de réelles discussions de fond pour affuter ses propositions et construire, au gré des échanges, des propositions viables (pour une fois). Et de fait, avec ce site, l’UMP ne fait que tenter de s’approprier des débats qui ont déjà lieu ailleurs sur internet : sur les blogs et les réseaux sociaux. Et dans un sens, ils ont bien raison car ce type de médias comporte de nombreux avantages que ne permettent pas (ou plus) l’ancien monde.

Il suffit de regarder un débat télévisé pour s’en convaincre : les contraintes de temps sont insupportables pour traiter de sujets sérieux. Pire, ce sont toujours les mêmes qui ont « pignon sur médias »  tandis que d’autres voix ont plus de mal à se faire entendre. Au final, les débats y sont tronqués, creux, et non-constructifs.

Les débats à l’assemblée nationale ? Le concept n’est pas mauvais au départ, mais ça a mal tourné : cumul des mandats, âge moyen des députés, lobbying, reproduction sociale… bref : on peut sérieusement douter de l’efficacité du système parlementaire. On l’a vu lors des débats sur l’Hadopi : ce sont bel et bien des incompétents (à quelques exceptions près) qui ont voté cette loi (pour ceux qui en douteraient, les invite à regarder ceci).

De l’autre coté, nous avons donc internet qui permet d’avoir de véritables débats non limités (pour peu qu’on y utilise les bons outils), et avec des personnes compétentes et informées (pour peu que l’on se donne la peine de les chercher). Des plateformes comme Les Créateurs de possibles ont l’ambition de faire se rencontrer les bonnes personnes autours d’idées communes et de mener ces discussions à de l’action concrète : pourquoi pas (mais encore faut-il que cela soit bien pensé ;-) ).

La fin des parti politiques ?

En fait, ces nouveaux moyens de discuter, de collaborer, et de se fédérer sont en train de court-circuiter le monopole des politiques sur le débat public. A l’image des maisons de disques et les journalistes, ils sont victimes d’une copie imprévue de ce qui fait leur coeur de métier : l’exposition médiatique, la production d’idées, de propositions, la critique etc. Un espèce de vaste piratage, dont les coupables sont les internautes : la société civile 2.0. Naturellement, cette nouvelle donne va contraindre les partis à se reformer radicalement dans leur organisation internet, mais aussi dans le rôle qu’elles ont dans la société.

Il est d’ailleurs intéressant de voir que certaines mouvances politiques sont en train d’échapper à la logique traditionnelle de parti (je pense notamment à Europe Ecologie et au parti pirate français). Ces « partis », à la différence des autres, se concentrent sur des projets, des idées et des valeurs très précises : ils n’ont pas l’ambition de s’occuper de toutes les décisions politiques (préférant conclure des accords avec d’autres partis). Ces organisations ne s’inscrivent pas forcément dans la durée si ce n’est celle nécessaire à l’accomplissement de leur projet/idée. On pourrait ainsi les qualifier d’organisations « missionnaires » au sens de Mintzberg :

Ce qui compte avant tout, c’est la mission, c’est-à-dire « un ensemble d’efforts qui doit être typique, clair et bien ciblé, de sorte que ses membres soient capables aisément de s’identifier avec celui-ci, de sorte que ses membres puissent facilement développer une telle identification et spécifique, pour que l’organisation et ses membres puissent agir dans un créneau bien précis et unique dans lequel l’idéologie pourra s’épanouir ».

Je vois dans ce types de partis une tendance forte qui va croitre dans les prochaines années.

Mais on peut même pousser le raisonnement plus loin en pensant que les politiques ne seront bientôt ne sont que de vulgaires intermédiaires bien superflus… et ainsi prédire la fin des partis politiques… !

Je me pose vraiment la question… Et à vous aussi par la même occasion :) !

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Crédit photo : kimdokhac

Notes :

1. Malgré mon scepticisme vis à vis des Créateurs de Possibles, je vais essayer d’y être actif dans les mois à venir. Pour voir ;-)

2. Un billet tout récent reflète bien ma vision de la politique de demain, à lire chez TechTocTV (qui au passage, propose une production collaborative de contenus vidéos).

3. A l’attention de Clément, qui me dit qu’il serait content que l’UMP lui « pique ses idées » (encore une histoire de piratage tout ça ;-) ) : certes, si ça fait avancer le bouzin… Mais le mieux c’est quand même de les mettre en oeuvre soi-même, non ? Pourquoi s’encombrer d’eux? :p