J’ai déjà parlé plusieurs fois sur ce blog des problématiques du droit d’auteur à l’heure du numérique (clic, clic). En tant que community manager pour la web-tv collaborative techtoc.tv j’ai eu l’occasion de revenir sur ce sujet lors d’un plateau intitulé : Comment concilier le droit d’auteur et les libertés numériques ? en compagnie de Lionel Maurel aka Calimaq et Benjamin Jean.
Je vous avoue ne pas avoir eu le courage de regarder ma bouille en vidéo, mais n’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires : ils pourront nous servir pour de futurs plateaux !
PS : et j’en profite aussi pour pointer des liens vers les articles mentionnés pendant le plateau :
- Twitter et le droit d’auteur : vers un copyright 2.0 ?
- Concilier et réconcilier le droit d’auteur avec les libertés numériques
- Remix Culture et Droit d’auteur
J’écris cet article avec la lassitude de voir toujours autant de personnes ignorer la transition sociétale que nous sommes en train de vivre (le numérique n’en étant qu’une surface visible). Qu’on me pardonne par avance l’aspect moralisateur de ce billet d’humeur. C’est souvent la limite de l’exercice qui a néanmoins le mérite d’être totalement assumée.
Resistance au changement
Il a toujours été plus facile de rester campé sur ses positions, cela permet de s’éviter des réflexions vertigineuses qui nécessiteraient de remettre en question ses actes et ses certitudes…
L’Homme est par nature réticent au changement. La dissonance cognitive est une réaction psychique qui nous affecte tous : face à des éléments qui remettent en cause nos acquis, nous avons naturellement tendance à déployer des processus inconscients qui nous amènent à ignorer, à minimiser, voire à combattre la réalité qui s’impose pourtant à nos yeux.
Cela me fait penser à cette célèbre citation de Ghandi :
First they ignore you, then they laugh at you, then they fight you, then you win.
Néanmoins, cette tendance humaine à fuir ce qui nous gêne n’est pas une fatalité. Depuis maintenant près de 2 ans, j’ai eu la chance d’avoir pu, au hasard de mes lectures et de mes rencontres, mettre mes certitudes en confrontation avec différents signaux remettant en cause ma perception du monde. Et je suis loin de le regretter.
Sortir de la caverne de ses certitudes
Illustrant parfaitement le phénomène de dissonnance cognitive, je remarque que ceux qui craignent internet en viennent dans leur raisonnement à idéaliser l’ancien paradigme. Mais réfléchissons un peu.
Notre monde est-il si beau pour qu’il ne faille rien y changer ? Ce qu’on m’a appris à l’école n’est-il pas empreint d’un certain contexte ? Le monde tel qu’on le conceptualise n’est-il pas biaisé par le prisme des médias ? Le monde merveilleux des maisons de disques était-il vraiment le meilleur pour les artistes ? Voilà quelques exemples de vraies questions qu’il convient de se poser.
Avons-nous tellement baigné dans l’ancien système que nous en ayons bu la tasse ? Sommes-nous ivres de cette boisson abjecte à tel point que nous nous en complaisons ? Parce que ce système capitaliste non libéral est la norme, faut-il en accepter les contradictions, les injustices et les règles pourtant déréglées ? Faut-il vraiment s’évertuer à défendre ce système ?
On ne peut sortir de la caverne qu’en décrochant les chaines qui nous y lient. Une fois ces questions posées, alors la grande exploration commence…
Bien sûr, je ne dis pas qu’il faille accepter sans réfléchir les utopies les plus délirantes! Mais accepter de les étudier, c’est déjà accepter que d’autres modèles soient envisageables.
Se jeter à l’eau
Internet est aujourd’hui le plus grand bassin de nouvelles idées (le Zeitgeist diraient certains). Pourquoi résister à la tentation d’y piquer une tête ?
Je suis à chaque fois effaré de voir des politiques vouloir réglementer internet alors qu’ils ne savent pas de quoi il parlent, puisqu’ils n’y existent bien souvent que par l’intermédiaire de leurs conseillers en communication (c’est dire leur implication).
Comprendre internet nécessite d’y vivre. Et je dirais même plus : y habiter. Les sites « vitrine » ou profils inactifs sur internet sont à l’image des statues de bronze sur les places publiques : jolies, mais inutiles.
Vivre sur internet, c’est lire, écrire, partager, échanger, discuter. Rien de moins.
Les erreurs
La crainte de faire des erreurs « parce qu’on y connait rien » ne peut pas être une excuse. Les erreurs font partie de la vie, nous en faisons tous et tous les jours. Si la crainte de tomber justifiait de ne pas apprendre à marcher, alors nous marcherions tous à 4 pattes… Mais parce que savoir marcher est indispensable en société, nous avons tous choisi de relever le défi de nous dresser sur nos 2 pieds. Et ce n’est pas quelques bleus qui nous le font regretter aujourd’hui.
Nos erreurs nous permettent justement d’apprendre. Elles nous font avancer. Ceux qui ne sont pas sur internet ne peuvent dès lors pas le comprendre car ils n’y font pas d’erreurs.
Les absents ont toujours tort…
Bien sur, internet ne va pas tout résoudre. Il va même certainement créer d’autres problèmes. En fait, Internet n’est à peine qu’un fossoyeur du monde moisi. Avant de construire bisounoursland, commençons par déconstruire l’échafaud et enlevons nous la corde du cou. Respirons un peu.
Pour le reste, Internet n’est qu’un nouvel espace public, un lien entre les hommes. Dès lors, internet ne sera que ce que nous choisissons d’en faire. D’où l’importance de le façonner ensemble… En fait, le risque majeur est probablement que les internetophobes bien-pensants ne soient justement pas de la partie, laissant ainsi à d’autres le soin d’écrire l’histoire pour eux… Mais il sera probablement trop tard pour se plaindre lorsqu’ils s’en rendront compte. La révolution numérique ne les attendra pas.
Gagnant ou perdant, si vous le pouvez encore, choisissez votre camp.
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A lire aussi :
La Netocratie, nouvel ordre social issu d’internet ?
Je viens d’achever la lecture d’un ouvrage très édifiant : La société de défiance, ou comment le modèle social français s’autodétruit. Dans cet essay d’à peine 100 pages, Yann Algan et Pierre Cahuc parviennent à démontrer avec pertinence, pédagogie et clairvoyance comment et pourquoi le système français est voué à l’échec en raison de la défiance ambiante. Je vous propose dans cet article une relecture synthétique de cet essay qui a mon sens constitue une des clés de voûte des problèmes de la France.
Dans un premier temps, je vous invite à regarder cette conférence de Yann Algan (co-auteur de l’essay). Pour les pressés, on se retrouve un peu plus bas
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La confiance en France
Je passe les détails des différentes études statistiques ayant abouti à ce constat, mais il apparait que la France a un déficit notable de confiance. Ainsi, la France apparait successivement parmi les pays développés où les citoyens ont le moins confiance en leur justice, syndicats, parlement… Et pire : les français ne se font pas confiance entre eux…
Comment expliquer cette défiance ? Est-elle simplement culturelle, héritée de l’Histoire ? Ou bien trouve-t-elle ses origines dans un système social mal configuré ?
La défiance, un produit du corporatisme et étatisme
Les auteurs balaient très rapidement l’hypothèse de l’origine culturelle de la défiance en montrant que le niveau de confiance peut évoluer durant le temps. Et s’il n’est pas exclu que la période de Vichy, ait insufflé un vent de défiance en France, on voit que d’autres facteurs autrement plus importants entrent en ligne de compte.
Les vraies raisons qui expliquent la baisse de confiance résident avant tout dans le système social et politique français. Concrètement, Pierre Cahuc et Yann Algan montrent et démontre que le niveau de confiance est fortement correlé avec les variables suivantes :
- Le caractère égalitaire de la redistribution sociale des revenus
- L’universalisme du système de protection sociale
Or, c’est précisément là que le bas blesse dans le cas français… Les études mises en exergues par les auteurs de La société de défiance montrent très bien que la protection et redistribution sociale française se caractérise par :
- de nombreux régimes spécifiques (ou dit autrement : des privilèges), notamment chez les fonctionnaires… ;
- Un écart fort entre les prestations de base et les prestations maximales, autrement dit de fortes inégalités
- Un plus faible universalisme des prestations sociales que les autres pays développés
Bref, la France a tout faux au regard des critères de confiance précédemment cités…
Effets pervers de la défiance
Voyons maintenant comment la mauvaise conception du système social français affecte la croissance. Les effets pervers ainsi générés affectent principalement les domaines suivant : l’efficacité du marché, la qualité du dialogue social, et le civisme.
Tout d’abord, l’efficacité du marché est profondément affectée en ce que tout échange contractuel repose sur un minimum de confiance. Si les acteurs sur un marché ne font pas confiance en leurs partenaires (pour respecter les règles fixées par exemple), alors c’est au final une peur du marché qui apparait. Cette situation force l’Etat à imposer des règlementations toujours plus strictes pour tenter d’optimiser la qualité des échanges. Mais une réglementation excessive a des effets hautement nocifs : elle favorise l’émergence de privilèges accordées à certains groupes d’individus, augmente les barrières à l’entrée sur un marché, et en diminue ainsi le degré de concurrence. Pire encore, cela encourage la corruption.
En ce qui concerne le dialogue social, le mécanisme est similaire : les partenaires sociaux étant incapables de s’accorder sur un consensus, ce sont des décisions unidirectionnelles étatiques qui s’y substituent. Décisions bien entendu très imparfaites compte tenu de la difficulté de la législation à prendre en compte les différences de situation dans les entreprises. De ce fait, on ne s’étonnera pas de la faiblesse du syndicalisme en France puisque dans de nombreux domaines, la loi fixe d’avance les règles (le salaire minimum par exemple).
Enfin, alors qu’en filigrane de cette démonstration, le modèle de flexsécurité scandinave semble se dessiner comme une évidente solution, il faut remarquer que ce modèle repose sur des comportement très civiques et de confiance mutuelle. Serions nous capables de mettre en place un tel modèle ? Probablement pas si le sentiment de défiance et l’incivisme persistent.
Activer les leviers de la confiance
La défiance représente un cout énorme pour la France, tant en termes de croissance, d’emploi, d’égalité des revenus, et en bonheur. Il convient donc d’agir de manière urgente sur les leviers de confiance mis en évidence dans cet ouvrage : une redistribution plus universelle et égalitaire ; une meilleure régulation de la concurrence qui devrait éviter comme la peste de favoriser certains groupes d’intérêt; et enfin le retour d’un vrai dialogue social passant par une abolition des privilèges de certains syndicats, davantage de transparence et le retrait de l’Etat.
Pour finir, cette lecture m’a inspiré deux réflexions.
Tout d’abord, la reforme nécessaire du système de protection sociale devrait selon moi passer par le dividende universel qui, comme son nom l’indique, est profondément universel et égalitaire
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D’autre part, je me demande dans quelle mesure internet pourrait jouer un rôle favorable au retour de la confiance ? Si la liberté passe par les liens que nous tissons sur internet ces interconnexions ne sont-elles pas gages de confiance ? C’est en tout cas la conclusion que je tire de mon expérience personnelle : j’ai l’impression que le fait de me lier à des personnes sur internet me donne une certaine responsabilité vis à vis d’eux. De même, j’accorde d’autant plus facilement ma confiance à d’autres sur internet qu’une certaine transparence/accessibilité s’établit entre nous… Et vous ?
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PS : Merci @tristan_ de m’avoir fait découvrir la vidéo


